 |
|
|
| :: |
Jean-Pierre Stroobants* |
|
|
|
 |
| Une truite reflet de son époque: celle de la police juive de la pensée. |
 |
|
"Plat préféré" - en français dans le texte - a cessé d'être une sympathique émission de la chaîne publique flamande Canvas. Et son chef, le maître queue Jeroen Meus, 30 ans, aurait sans doute dû tourner sept fois sa cuiller dans sa recette du succès avant de présenter, dans une émission programmée pour le mardi 28 octobre, le plat favori... d'Adolf Hitler. A savoir, si cela intéresse vraiment quelqu'un, la truite sauce au beurre.
Diffusion annulée
Face au tollé, la télévision publique flamande VRT, dont dépend la chaîne Canvas, a annoncé lundi qu'elle renonçait à diffuser l'émission sur le "plat préféré" d'Adolf Hitler. "La direction de la VRT défend le contenu de l'émission mais préfère la retirer de la programmation étant donné la controverse", selon un communiqué diffusé lundi où elle insiste toutefois sur le fait "que l'émission montre clairement l'aversion de Jeroen Meus pour Adolf Hitler et le nazisme". - (avec AFP)
Le chef flamand s'était contenté, avant cette initiative douteuse, d'explorer les secrets du moules-frites de Jacques Brel ou la langouste à la catalane qui ravissait Salvador Dali. Décidé, selon ses dires, à explorer, cette fois, les richesses trop méconnues de la gastronomie bavaroise, il a, explique-t-il, estimé "avoir le droit de se demander ce que mangeait Adolf Hitler". Et le droit d'en rendre compte au cours de ce qui doit être, toujours d'après M. Meus, un "excellent festin" réalisé à Berchtesgaden (Allemagne).
A propos d'Hitler, le cuisinier note quand même qu'il s'agit d'un "homme atroce". Il ne s'émeut toutefois pas outre mesure d'être devenu une idole sur les sites néo-nazis qui pullulent sur Internet. "Dommage, mais ces gens aussi ont le droit de regarder l'émission. Chacun a le droit d'avoir un avis", s'est-il enferré. Le directeur de Canvas, Jan Stevens, ajoutant tout aussi maladroitement que le programme vise, non pas à "humaniser Hitler" mais à en avoir "une meilleure compréhension". M. Stevens a néanmoins présenté ses excuses anticipées à ceux que l'émission choquerait.
Séance macabre
Parmi eux, il y a Francis De Coster, un ancien déporté qui a perdu son frère et son père à Buchenwald. M. De Coster, président de l'association belge des anciens prisonniers politiques, a conseillé au jeune cuistot de présenter plutôt le menu réservé aux détenus du camp de Breendonk, d'où étaient déportés les opposants au nazisme. A savoir "trois tasses de café et 100 grammes de pain par jour". Hugo van Minnebruggen, animateur du site Internet verzet. org, consacré à la seconde guerre mondiale, a indiqué, quant à lui, que le plat favori d'Hitler n'était pas la truite au beurre mais "le partisan fraîchement abattu", "le juif battu à mort" ou "le nouveau-né tzigane fouetté".
Le magazine juif d'Anvers Joods Actueel, qui a révélé l'affaire a, quant à lui, déploré "la naïveté" d'une vedette de la télévision, incapable, selon lui, de mesurer la charge émotionnelle de son projet pour tous les survivants de l'époque nazie.
L'affaire tombe d'autant plus mal que la Flandre a été, au cours des dernières semaines, le théâtre de plusieurs concerts clandestins de Blood & Honour, un groupe de néo-nazis européens. Récemment, une séance d'hommage à Hitler dans un cimetière du Limbourg belge a vu apparaître un jeune néo-nazi affichant sa ressemblance avec Hitler, moustache, coiffure gominée et chemise brune comprises. Trois personnes ont été mises en examen à l'issue de cette séance macabre qui a, une fois encore, mis en évidence les liens entre ce groupuscule et des personnalités du Vlaams Belang, le parti xénophobe qui draine un tiers des voix à Anvers et un cinquième dans la Région flamande. _______________
*Correspondant de l'Imonde à Bruxelles, 28-10-08
|