Les combats se poursuivent avec intensité à Alep. C’est aussi, bien sûr, une guerre de communiqués et de nouvelles entre les deux camps. Une choses est certaine, les combats sont d’une grande intensité dans le sud d’Alep et les morts se comptent par dizaines.
Tachons d’y voir un peu clair
Une quarantaine de policiers tués ?
-Il y avait encore aujourd’hui quelques poches rebelles à Salaheddine. Sana dit que ce 31 juillet, un « grand nombre » de rebelles ont été traqués et abattus dans ce quartier, plus précisément dans le sous-quartier Ard al-Sabagh : sur les corps des cartes d’identité émanant de plusieurs pays arabes ou africains. Parmi eux figure Ahmad Haj Qassem Abdel Rahman, un des chefs activistes du nord de la Syrie. Une source de sécurité a reconnu que les militaires se heurtaient à « une très forte résistance » à Salaheddine, dont ils contrôleraient cependant la majeure part aujourd’hui.
-L’armée traquait aussi les bandes ce matin dans le quartier de Hamadaniyé qui serait ce soir complètement nettoyé des insurgés.
-Des affrontements avaient également les dans les quartiers de Sakhour Chaar, Soukhari et Seif ed-Dawlé, qui se trouvent dans le même secteur (sud-ouest) d’Alep que Salahedddine.
-Une quarantaine de policiers – ou de soldats, la choses n’est pas claire – auraient été tués dans l’attaque de deux commissariats de quartier à Sahine (sud de la ville) – par des « centaines d’insurgés » : c’est Rami Abdel Rahmane, désinformateur en chef de l’ASL qui le dit à l‘AFP et il est possible qu’il ait exagéré et le nombre des assaillants et celui des policiers tués. Un colonel – ou un chef de commissariat – figurerait parmi les victimes de cette attaque.
-Dans le quartier de Zahraaa (ou al-Zahra), 13 cadavres non identifiés ont été observés aux abords du bâtiment des services de renseignement de l’Armée de l’Air, attaqué plusieurs heures dans la nuit de lundi à mardi.
-Selon le site pro-gouvernemental Syrian Documents, les rebelles ont subi des pertes dans des assauts – dans la nuit de lundi à mardi – de la brigade islamiste Tawhid contre deux bâtiments gouvernementaux du quartier de Jamiliyyé : 11 devant le tribunal militaire et six devant le siège du parti Baas.
-Dans le quartier de Harablé et celui de Bab Nairab, selon le site alépin Taht-el-Mijhar, 13 miliciens ASL auraient péri dans un affrontements avec des hommes du clan des Berri, famille sunnite pro-gouvernementale. À noter que le quotidien (anti-syrien) libanais L’Orient Le Jour a consacré un article ce 31 juillet aux clans sunnites pro-Bachar qui entrent dans la bataille d’Alep aux côtés de l’armée syrienne. Le patron de l’OSDH, R.A. Rahmane a reconnu cet élément nouveau : « C’est la première fois que ces clans sont chargés officiellement de combattre (l’ASL) » dit-il ce 31 juillet.
-Sana indique encore que lundi 30 juillet, l’armée a tendu une embuscade à une colonne de 4 à 500 insurgés répartis dans une trentaine de véhicules : le combat est intervenu à Hendrat, au nord d’Alep. La colonne venait évidemment au secours des activistes enfermés dans les quartiers sud d’Alep : Sana ne donne pas de chiffres précis mais dit qu’un grand nombre de terrorises ont été tués et la plupart des véhicules détruits. Plus tôt, neuf 4×4 insurgés avaient été détruits dans des conditions similaires entre Daret Ezzeh et Qobtan al-Jabel, près d’Azaz (à une quarantaine de kilomètres au nord d’Alep et à cinq de la frontière turque).
-Toujours au nord d’Alep, à Tel Rifaat (environ 25 kilomètres au nord d’Alep et à une quinzaine de la frontière turque) – selon Syrian Documents – des dizaines de miliciens auraient péri dans des affrontements entre groupes rebelles opposés. À vérifier, mais il semble bien qu’à Alep, ce soit une tendance vraiment extrémiste salafiste de l’ASL qui ait pris la direction des opérations : la « brigade Tawhid« , très en pointe dans les combats, est d’orientation résolument salafiste. Des frictions peuvent en résulter avec des groupes ASL (relativement) plus modérés.
Ci-dessous, le lien vers le journal (en version arabe) de la télévision syrienne du 31 juillet : on y parle notammment de l’embuscade meurtrière tendue à un convoi ASL :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=a0vZEsh8LEE Quelques enseignements majeurs…
Retenons donc de ces dernière heures, entre lundi après-midi et mardi soir, que les combats gagnent en intensité à Alep et dans ses environs, et que les rebelles semblent avoir subi de lourdes pertes, peut-être de l’ordre de plusieurs centaines de tués et de blessés. Retenons aussi le fait nouveau de l’implication active de milices sunnites pro-gouvernementales : l’ASL déjà confrontée à une vigoureuse offensive de l’armée et des miliciens chabihas, déjà gênée dans le nord par l’action de milices kurdes pro-Bachar, va devoir faire avec ce nouvel adversaire.
D’autre part, et cela semble être la nouveauté de cette bataille d’Alep sur le plan médiatique, la présence de tendances extrémistes – et souvent étrangères – majoritaires dans les rangs de l’ASL, au moins sur ce théâtre d’opérations, s’impose à nombre de commentateurs et journalistes français et occidentaux : le djihadisme international en Syrie est pour eux – certes pas pour nous – la grande « révélation » des combats d’Alep.
–Il y a eu d’abord, mi-juillet, le récit du photographe de l’AFP sur l’occupation du poste de Bal al-Hawa sur la frontière turque par un groupe de 150 extrémistes islamistes étrangers se réclamant pour certains d’al-Qaïda.
-Il y a eu les déclarations faites à leur retour de captivité des deux journalistes hollandais et britannique enlevés par un de ces groupes radicaux, mettant en cause l’origine étrangère et l’orientation extrémiste sunnite de leurs ravisseurs, qui ne se réclamaient même pas de l’ASL (voir notre article « Les djihadistes de Sa Majesté », mis en ligne le 30 juillet 2012). Le Figaro, en dépit des propos lénifiants (et pro-ASL) de son correspondant à Alep, est bien obligé de conclure des déclarations de ces deux hommes que la Syrie est « devenue le nouveau terrain de prédilection du djihadisme international« . Mais Le Figaro entretient la fiction que ces djihadistes ne pratiquent pas l’unité d’action avec l’ASL.
Islamisme : sonnette d’alarme anglo-saxonne
Tel n’est pas l’avis du quotidien britannique The Guardian qui affirme que groupes salafistes ou al-Qaïda collaborent sur le terrain avec l’ASL « pur sucre » : le correspondant du Guardian donne notamment l’exemple de la brigade « Ghouraba » déployée dans l’est de la Syrie. The Guardian va plu loin, notant que la radicalisation est l’effet du financement des bandes par les riches donateurs étrangers : ils ne sont pas nommés par le quotidien britannique mais chacun aura reconnu le Qatar et l’Arabie séoudite. Et du coup The Guardian, plus sérieux et plus libre que ses collègues français en arrive à la conclusion suivante : l’évolution de la situation sur le terrain donne raison aux allégations du gouvernement syrien qui met en cause depuis de mois « des djihadistes financées par des parties extérieurs ». Elle donne aussi raison à Infosyrie qui pointait le caractère radical des groupes insurgés dès le massacre de 120 policiers et soldats à Jisr al-Choughour le 6 juin 2011, au début du mouvement (voir nos articles de la première quinzaine de juin 2011 à ce sujet).
Même point de vue pour le New York Times qui constate lundi 30 juillet que « l’insurrection contre le président syrien Bachar al-Assad se radicalise de plus en plus, et ce sont actuellement les groupes djihadistes locaux et des combattants d’al-Qaïda qui jouent un rôle primordial dans le conflit et qui exigent désormais d’avoir leur mot à dire« .
Si un média américain, et un média britannique, de ce calibre écrivent aujourd’hui ces choses, la situation d’une Hillary Clinton ou d’un David Cameron va devenir de plus en plus intenable. Quant aux malheureux gouvernants français, il faudra bien qu’à leur tour ils s’affranchissent de la ligne Libération-Le Monde-I Télé : la Syrie tombeau des dernières illusions soixanthuitardes ? On aimerait déjà qu’elle fût celui des atlanto-islamistes !
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http://www.infosyrie.fr/