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Fausto Giudice & Michèle Mialane |
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| Russie-Géorgie : l’Allemagne, un médiateur intéressé. |
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Par d’importantes initiatives diplomatiques et l’envoi d’un envoyé spécial*, le gouvernement fédéral (allemand) intervient dans le conflit armé qui oppose la Géorgie à la Russie. On s’estime investi «d’une responsabilité particulière » selon la périphrase qu’utilise le Ministère des Affaires Étrangères pour désigner la prétention allemande à jouer les médiateurs dans le Caucase méridional. Les trois États caucasiens du Sud, dont fait partie la Géorgie, intéressent tout particulièrement l’Allemagne : ils constituent une ceinture pro-occidentale au Sud de la Russie, ouvrant ainsi à l’Occident un accès direct aux ressources énergétiques du bassin de la Caspienne. Les manœuvres de guerre en cours, non contentes de menacer les intérêts allemands dans la région, accroissent la tension entre la Russie et les USA et mettent ainsi en péril les efforts de Berlin pour renforcer sa propre position par une coopération simultanée avec Washington et Moscou - comme le veut la traditionnelle politique de l’équilibre. Dans la perspective de négociations sur l’avenir des régions indépendantistes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, Berlin jouit d’une solide position : le gouvernement allemand s’est impliqué dès les années 1990 dans les efforts pour endiguer les conflits séparatistes.
Aux interventions du Ministère des Affaires Étrangères dans le conflit armé entre Géorgie et Russie s’est jointe, ce week-end, la voix de la Chancelière Angela Merkel, qui a exigé un « cessez-le-feu inconditionnel » suivi d’un retrait de l’ensemble des troupes sur « leurs positions avant le début des actions militaires », alignant ainsi les positions de Berlin sur les activités déployées par la présidence française de l’UE dans le Caucase méridional (1). Le Ministre des Affaires Étrangères, Franz-Walter Steinmeier est en contact avec tous les gouvernements, alliances et organisations impliqués et a dépêché son envoyé spécial pour le Caucase à Tbilissi. L’Allemagne est investie «d’une responsabilité particulière » selon la périphrase qu’utilise le Ministère des Affaires Étrangères pour désigner la prétention allemande au rôle de médiateur exclusif dans le Caucase méridional.
Une ceinture d’États pro-occidentaux
L’Allemagne a, dans la région Sud du Caucase, de gros intérêts que menacent les manœuvres de guerre en cours. Ceux-ci sont liés au du statut d’État indépendant pour la Géorgie, que l’Allemagne a été la première à reconnaître lorsque Tbilissi a fait sécession d’avec l’Union soviétique.[COMME LA SLOVÉNIE] Depuis lors la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie forment au Sud du Caucase une ceinture d’États soustraits à l’influence directe de Moscou et ouverts à l’influence occidentale, bien qu’à des degrés divers. Depuis le début de la présidence de Mikhaïl Saakachvili - suite au changement de cap survenu fin 2003, avec le soutien de Berlin- la politique de Tbilissi est orientée de manière inconditionnelle sur l’UE et les USA. Ce qui présente un intérêt non seulement géostratégique, mais aussi économique, car les États du Caucase méridional forment un étroit corridor entre la Russie et l’Iran qui permet de faire transiter vers l’Europe les très importantes ressources énergétiques de la Caspienne, en dehors de tout contrôle exercé par Moscou ou Téhéran. L’exigence actuelle de Berlin - retrait des troupes russes hors du territoire géorgien- s’explique aussi par le souci de conserver la ceinture d’États pro-occidentaux dans le Sud du Caucase (2).
Sous l’égide des USA
Cependant l’offensive géorgienne de la semaine dernière visant à affaiblir de façon décisive la position russe en République autonome d’Ossétie du Sud fait à Berlin l’objet de critiques, sur fond de désaccords internes dans le camp occidental, relatifs à la politique au Caucase méridional. Washington plaide pour une politique offensive en Europe de l’Est et en Asie centrale et exige l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN, ce qui rendrait irréversible l’inclusion de Tbilissi dans les alliances des systèmes militaires occidentaux. Jusqu’ici le gouvernement allemand s’y est opposé. Dernier avatar, la Chancelière s’est victorieusement opposée aux efforts des USA pour imposer un pas supplémentaire dans cette direction, lors du sommet de l’OTAN début avril.(3) La raison en est la crainte qu’un nouvel élargissement vers l’Est de la zone de l’OTAN cause de graves dommages à la collaboration germano-russe, mais aussi le projet des USA de « faire entrer dans l’alliance d’autres pays pro-américains » pour conforter leur domination dans la région - selon la mise en garde (dès 2006) de la Fondation Konrad Adenauer.(4)
Tensions
L’offensive militaire géorgienne que les Russes viennent de repousser se situe dans la ligne offensive de Washington, qui a stationné en Géorgie plus de cent conseillers militaires. Et donc Berlin, qui souhaite y conserver son influence personnelle, ne l’a pas soutenue. De plus le conflit armé risque de faire monter la tension entre Moscou et Washington, ce qui compliquerait la tâche de Berlin : concilier ses engagements de soutien militaire à l’Ouest et sa collaboration avec la Russie(5), et affaiblirait l’Allemagne dans sa tentative de conforter sa propre position en collaborant parallèlement avec la Russie et les USA. C’est pourquoi le gouvernement allemand insiste pour que le retrait des troupes russes s’accompagne de celui des forces géorgiennes présentes en Ossétie du Sud et donc du retour à l’ancien statu quo.
Apaiser les conflits
Parvenir à imposer ce point de vue permettrait à Berlin d’espérer accroître son influence dans les négociations relatives à l’avenir des régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie.Les activités allemandes dans ces régions disputées remonte aux années 1990. Depuis 1994 des soldats de la Bundeswehr participent à la mission d’observation onusienne UNOMIG (United Nations Observer Mission in Georgia), qui doit veiller au respect du cessez-le-feu avec les séparatistes et contribuer à l’apaisement du conflit avec Tbilissi.
L’UNOMIG a été longtemps placée sous la direction d’un diplomate allemand, qui a fait des propositions pour apaiser les conflits séparatistes. Une mission de l’OCDE en Ossétie du Sud a également été placée quelque temps sous direction allemande (6). Il est à nouveau question de lui redonner de l’importance. Ce n’est qu’ à la mi-juillet de cette année que Steinmeier, le ministre allemand des Affaires Étrangères, a effectué une visite en Abkhazie, dans la lignée de plus de dix années d’efforts pour apaiser les conflits séparatistes.
Attiser les conflits ?
Mais parallèlement la diplomatie allemande, au cours des dernières années, n’a fait qu’attiser les conflits séparatistes. Lorsqu’en février dernier, le Kossovo, avec le soutien marqué de l’Allemagne et des USA, a proclamé son indépendance, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont connu un regain des tentatives séparatistes. « Le précédent du Kossovo nous a incités à exiger plus activement la reconnaissance de nos droits » a déclaré début mars un porte-parole des séparatistes ossètes (7). Le gouvernement allemand a soutenu en même temps l’exigence politique de sécession et l’ennemi direct des séparatistes : l’armée géorgienne. Par exemple, des unités géorgiennes engagées en Irak, et que l’on rappelle aujourd’hui dans les régions en conflit ont été entraînées sur le sol allemand (par l’US Army) et de plus la Bundeswehr a entraîné un grand nombre de soldats géorgiens. Le prétexte en était leur participation à l’occupation du Kossovo - un pays dont la sécession, garantie entre autres par la Géorgie, encourage aujourd’hui les tentatives séparatistes en Ossétie du Sud (8).
NdR * L’ambassadeur Hans-Dieter Lucas, envoyé spécial pour l’Europe de l’est, le Caucase et l’Asie centrale.
Notes: 1 Merkel exige un cessez-le - feu inconditionnel et immédiat en Géorgie ; Service de presse et d’information du gouvernement fédéral, 10/08/08
2 voir aussi Transportkorridor und Transitgebiet (Corridor humanitaire et zone de transit)
3 voir aussi Veränderte Machtverhältnisse (Nouveau rapports de forces)
4 -Erweiterung nach dem Gipfel von Riga; Analysen und Argumente aus der Konrad-Adenauer-Stiftung Nr. 32/2006, November 2006 (Élargissement de l’OTAN après le sommet de Riga ; Analyse et arguments de la Fondation Konrad Adenauer N° 32/2006/) ; Voir aussi : Die NATO in Riga: Dissens (L’OTAN à Riga : désaccords(
5 voir aussi : Die gleiche Nähe, Natürliche Modernisierungspartner (la même proximité, Partenaires naturels de la modernisation) et Finanzbrücke (Pont financier) ainsi que notre dossier spécial Drehkreuz Leipzig 6 voir aussi En terrain peu sûr
7 Süd-Ossetien fordert Anerkennung seiner Unabhängigkeit L’Ossétie du Sud exige la reconnaissance de son indépendance) Spiegel online 05.03.2008
8 voir aussi Reformland des Jahres (Pays réformateur de l’ année)
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