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::  Opinion: Gilles Bridier
04/09/08 :: 9:06
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Les petits épargnants paieront le RSA, pas les « capitalistes » (comprendre: les commanditaires de Sarkozy)
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Faire jouer la solidarité nationale en taxant le capital : prise au pied de la lettre , ce choix de Nicolas Sarkozy pour alimenter le RSA aurait pu avoir un certain panache, en constituant un véritable acte de gouvernement qui transcende les clivages de la vie politique française. La communication est un art, mais le voile est vite tombé.


Pourtant, il faut croire que, se mettant ainsi en scène, le président de la République a convaincu jusqu’à la gauche, puisqu’on a entendu des leaders socialistes saluer, même du bout des lèvres, la mesure. A force de triturer les mots pour communiquer plus qu’exprimer, on perd le sens des nuances…


Car de quel capital parle-t-on ? Pas de celui que se sont constitués les plus gros contribuables qui profitent du bouclier fiscal : le Premier ministre a confirmé que cette protection resterait imperméable à toute nouvelle taxe.


Mécaniquement, les seuls Français sollicités pour mettre en oeuvre la solidarité nationale ne seront pas les plus riches. C’est le principe du bouclier fiscal : il plafonne à 50% le total de la fiscalité qui peut peser sur les revenus d’un contribuable. Pour eux, le prélèvement supplémentaire de 1,1% prévu par le gouvernement ne s’ajoutera pas.


Solidarité sélective à l’envers ? Sacré bouclier, qui permet d’ignorer la pauvreté et de s’exonérer de la solidarité nationale ! Nicolas Sarkozy voudrait-il s’en servir pour réinventer une lutte des classes ?


Les souscripteurs d’une assurance-vie, 12 millions de « capitalistes » à taxer.


Alors, quels sont ces Français qui vont être les plus solidaires ? Pas ceux qui ont souscrit un Livret A ; politiquement, ponctionner un placement qualifié de « populaire » aurait été considéré comme de la provocation pure. Même chose pour ceux qui disposent d’un Livret développement durable.


Mais ceux qui ont quelques actions, une assurance-vie, un plan d’épargne retraite ou un plan d’épargne salarial, tous ceux-là seront mis à contribution. Les 334 000 salariés qui ont souscrit un Perco (plan d’épargne retraite collectif souscrit en entreprise) pour leur vieux jours ? Voilà les « capitalistes » qu’il faut faire payer : 4 200 euros en moyenne déposés sur chaque plan.


Les personnes qui ont amassé quelques milliers d’euros sur une assurance-vie pour compenser la baisse des retraites, ou pour le transmettre à leurs descendance ? Voilà 12 millions de capitalistes d’un coup, qui totalisent 80 milliards d’euros sur leurs contrats : moins de 7 000 euros en moyenne par « capitaliste »…


Les ménages qui placent leurs économies sur un plan épargne logement (PEL) dans l’espoir d’accéder à la propriété ? Voilà une belle cible ! Comme ceux qui ont souscrit des parts de Sicav, parce qu’on leur a expliqué que c’était une façon moderne de placer son épargne.


En saluant la mesure, les ténors socialistes sont tombés dans le piège.


Plus que de capital, il faut parler d’épargne. Nicolas Sarkozy s’en est bien gardé : la consonance politique n’est pas la même lorsqu’on parle de taxer le capital et de taxer l’épargne. Mais c’est bien cette dernière qui est taxée, alors qu’un bouclier protège le capital.


Certes, si l’on ponctionne 1,1% des revenus des sommes placées, les montants unitaires ne seront pas énormes sur des produits d’épargne qui ne rapportent que quelque 4% des sommes investies. 1% de 4%…


Mais la remarque vaut pour tout le monde, quel que soit le côté du bouclier fiscal où l’on se trouve. Qu’est-ce qui peut justifier que les plus riches soient exemptés de participer à un effort national ? C’est bien toute la question. Puisqu’il est question de solidarité, on pourrait aussi parler d’équité.


Pourtant, à part quelques voix isolées au PS comme celles de Michel Sapin, les ténors socialistes ont salué la mesure de financement du RSA sans souligner l’amalgame volontaire entre capital et épargne.


Comme si l’épargnant était, aujourd’hui, un privilégié capitaliste ennemi des classes populaires. Ces temps sont pourtant révolus : avec les difficultés d’emploi, les interruptions dans les parcours professionnels, la hausse des prix de l’immobilier, la baisse des retraites… la constitution d’une épargne de sécurité est devenue une obligation. Même pour les moins riches.


Quand le capital refuse d’assumer sa place dans la collectivité nationale.


Le PS gagnerait à actualiser sa perception des fameuses classes moyennes qui n’ont plus rien de privilégiées. Mais il est vrai que lorsque Lionel Jospin s’engagea dans cette direction, il n’en fut pas récompensé.


C’est pourtant bien à ces classes moyennes que le choix présidentiel s’impose pour financer le RSA. C’est sur elles -mais surtout sur elles seules- qu’il choisit de compenser des salaires trop faibles pour permettre à ceux qui les touchent de vivre dignement. Des salaires qui ne sont pas au niveau du coût de la vie. Des salaires versés par des entreprises qui attendent que la solidarité nationale compense le manque à gagner.


C’est de ce côté, probablement, qu’il aurait fallu creuser pour alimenter le RSA ou, mieux, redéfinir ce qu’est un salaire. Etait-ce trop compliqué, ou politiquement trop éloigné des repères présidentiels ?


La véritable audace aurait consisté à penser que l’entreprise n’est pas l’ennemi du salarié. Pas à travestir la réalité en appelant capital ce qui n’est que de l’épargne, et à agir comme si le véritable capital refusait d’assumer sa place dans la collectivité nationale.
inv
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