|
|
 |
| Le général Pierre-Marie Gallois, l'un des "pères" de la dissuasion française, dite "du faible au fort", avec le général Lucien Poirier, a passé l'arme à gauche le 23 août 2010. |
 |
|
Réaction de Jean-Pierre Chevènement au décès du général Pierre-Marie Gallois
Avec le général Pierre-Marie Gallois, c’est un visionnaire, un patriote, un homme aux multiples talents, un des grands penseurs français de la stratégie nucléaire qui disparaît.
Pierre-Marie Gallois était un officier non conformiste. Il n’avait jamais accepté l’effondrement de 1940 et s’était très vite retrouvé à Londres, servant dans l’aviation de bombardement. Son patriotisme était viscéral : plus jamais 1940 !
Sous la IVe République, il joua un rôle éminent, comme conseiller ministériel, puis comme officier détaché à l’OTAN pour ouvrir la voie d’un armement nucléaire à la France. Consulté par le général de Gaulle dès avant son retour au pouvoir, en 1958, Pierre-Marie Gallois restera comme l’un des théoriciens majeurs de la dissuasion nucléaire et de l’autonomie de décision qu’elle confère.
Il restera avant tout comme un grand Français, un homme profond, allant tout de suite à l’essentiel. Il ne laissera pas seulement derrière lui une œuvre écrite imposante. Il a été dans toutes les fonctions militaires et industrielles qu’il a occupées, un homme d’influence. Son charisme et sa puissance de conviction ont contribué à ce que notre pays se dote d’abord de l’arme nucléaire et préserve ensuite le noyau dur de la dissuasion : « l’autonomie de décision », encore réaffirmée par le Président de la République dans son discours de Cherbourg, en 2008.
Avec Pierre-Marie Gallois, je perds un ami, un homme généreux, peintre talentueux qui, à ses heures perdues, excellait dans l’art des trompe-l’œil. Son visage rayonnait d’intelligence. Jusqu’au bout de sa très longue vie, il aura montré une fermeté d’âme qui ne s’est jamais démentie.
Observateur averti et perspicace des réalités internationales, il regardait avec attention, dans les dernières années, la montée de la Chine et ses inévitables conséquences sur les relations internationales.
Avec le général Pierre-Marie Gallois, la France perd un de ses meilleurs fils. Sa voix manquera. Mais il restera un exemple et une source d’inspiration pour tous ceux qui ne désespèrent pas de l’avenir et du rôle de la France.
____________
Pierre Marie Gallois, la mort d'un général. Par Philippe Petit (Marianne)
Il est mort à 99 ans. J’ai envie d’écrire dans la force de l’âge. Il était né en juin 1911. Je le reverrai toujours dans son grand salon, dépliant ses cartes sur un superbe tapis, pour nous expliquer la bataille du gaz, et les grands projets énergétiques des grandes puissances. Avec un ami historien – Simon Kruk – nous étions venus faire un livre d’entretiens – « Le consentement fatal » paru en 2001- avec ce grand géopoliticien. Il s’agit de Pierre-Marie Gallois. Ancien collaborateur de La France Libre et de Combat, où il tenait une rubrique aéronautique, ce combattant au tempérament royaliste était un immense pédagogue et un très grand professeur. Initiateur de la force de dissuasion française, ce stratège de la guerre froide qui fut un interlocuteur privilégié de Guy Mollet et du général de Gaulle, travailla avec Marcel Dassault. Il avait cependant cessé de croire dans le destin de son pays. En 1940, l’auteur du « Sablier du siècle » s’opposait à la barbarie nazie, il s’en prenait déjà dans ses articles de 1945 aux cadres constitutionnels trop rigides, au mur de l’Argent. Il cherchait, dans la tourmente, comment donner un second souffle à l’Europe et prédisait déjà, sous les décombres de Hiroshima, la venue de la guerre dissuasive et de l’équilibre des forces. La France disait-il alors a besoin d’une forte structure interne et d’une politique internationale efficace. Elle ne supporte ni l’à-peu près économique, ni la fragmentation territoriale… Plus près de nous, Gallois fut un ardent militant pour le non au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen. En 1999, il avait écrit un livre au titre évocateur : « La France sort-elle de l’Histoire ? » Chaque fois que nous rendions visite au Général, il nous accueillait d’un joyeux : « bonjour les enfants ! » Ce voir ainsi nommé par lui nous faisait beaucoup rire… Loin de partager toutes ses vues, notamment sur l’immigration, l’Irak, Milosevic, il avait sur le monde une vision élargie. Il était le Jacques Bainville (1879-1936) de la fin du XX siècle. Autrement dit un maître de la politique étrangère, qui pouvait se tromper, mais qui forçait à penser… On continuera à lire ses livres, car il est un très grand penseur de la stratégie de sa génération. Sur le rapport entre la Chine et les Etats-Unis, sur la mondialisation, sur l’avenir de l’Europe, et sa longue histoire, sur l’OTAN, sur la Moyen-Orient, ses jugements étaient imparables… Le théoricien de la force de frappe est mort. Il ne sera pas oublié. _____________________________________________
Bio: Pierre Marie Gallois effectue ses études secondaires notamment au lycée Janson-de-Sailly.
En 1936, il est sous-lieutenant puis lieutenant en escadrille saharienne à Colomb-Béchar.
En 1939, il est affecté à l'état-major de la 5e Région aérienne à Alger.
En 1943, il rejoint la Grande-Bretagne pour être membre d'un équipage de bombardiers lourds du Royal Air Force Bomber Command. Il participe aux attaques aériennes du potentiel industriel adverse jusqu'en mars 1945.
Après la guerre, Pierre Marie Gallois est détaché à l'Aviation civile. Il participe à de nombreuses conférences dans le cadre de l'Organisation de l'aviation civile internationale.
Il rejoint son arme en 1948 pour être affecté au cabinet du chef de l'État-Major de l'Armée de l'air. Spécialisé dans les études d'armement aérien et des plans de fabrication, il propose le Premier Plan quinquennal de Constructions aéronautiques, qui est accepté par le Parlement en août 1950. Il prépare des plans d'intégration des études et des fabrications d'armement à l'échelle de l'Europe. Il participe aux discussions interalliées sur l'utilisation de l'aide américaine à l'Europe occidentale.
En 1953 et 1954, il est affecté au cabinet du ministre de la Défense nationale pour y suivre les questions aéronautiques.
En 1953, exerçant parallèlement ses deux fonctions, le colonel Gallois est également affecté au Grand quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE).
Il est nommé membre d'un groupe d'études stratégiques destiné à l'étude des conditions nouvelles de la stratégie, compte tenu de l'existence d'armes de destruction massive. À ce titre il effectue de nombreuses missions aux États-Unis et dans les pays membres de l'Alliance.
Dès 1953, il mène campagne pour l'arme atomique française, propageant la notion de « dissuasion personnelle » et l'idée d'une capacité d'intimidation du « faible par rapport au fort ». Il sera un des créateurs de Gerboise bleue.
En 1954, toujours au SHAPE, le colonel Gallois étudie un programme d'avion d'attaque à décollage court, qui a donné naissance à une nouvelle génération d'avions de combat.
En 1955, il assiste aux essais nucléaires dans le Nevada.
En 1957, Pierre Marie Gallois prend sa retraite.
Il poursuit, depuis, l'étude des problèmes de sécurité.
En 2003, avec l'ambassadeur de France Pierre Maillard, ancien conseiller diplomatique du général de Gaulle, et Henri Fouquereau, président du Mouvement démocrate français, il fonde le Forum pour la France, un regroupement politique qui œuvre pour « la souveraineté et l’indépendance de la France ». Il a ainsi milité pour le « non » au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen.
Il a enseigné la stratégie nucléaire et les relations internationales dans les écoles de l'enseignement militaire supérieur français et étranger, notamment aux États-Unis, à Montréal, Tokyo, Séoul, Buenos Aires, Madrid, Londres, Hambourg, Stockholm, Bruxelles, Lisbonne, Rome, Bagdad, Istanbul, Pretoria, ainsi qu'à la Sorbonne et au Collège de France. ____________
Œuvres 1957 : L'Europe au défi, Plon (en collaboration) 1960 : Stratégie de l'âge nucléaire, Calman-Lévy 1961 : L'Alliance atlantique, Berger-Levrault (en collaboration 1961 : Balance of terror, Houghton and Miffin, New York 1962 : Europas Shutz, Condor Verlag 1967 : Paradoxes de la paix, Presse du Temps Présent 1972 : L'Europe change de maître, L'Herne 1975 : La Grande Berne, Plon 1976 : L'Adieu aux armées, Albin Michel 1977 : Le Renoncement, Plon 1985 : La Guerre des cent secondes, Fayard 1990 : Géopolitique, les voies de la puissance, Plon 1992 : Geopolitica, los caminos del poder, Éditions Ejércitos, Madrid 1994 : Livre noir sur la défense, Plon 1995 : Le Sang du pétrole - tome I : Irak - tome II : Bosnie, L'Âge d'Homme 1995 : Le Soleil d'Allah aveugle l'Occident, L'Âge d'Homme 1999 : Le Sablier du siècle, L'Âge d'Homme 1999 : La France sort-elle de l'Histoire ?, L'Âge d'Homme 2001 : Le Réquisitoire, L'Âge d'Homme 2001 : Écrits de guerre, L'Âge d'Homme 2001 : Mémoires des ondes, L'Âge d'Homme 2001 : Le Consentement fatal, Éditions Textuel 2002 : L'Année du terrorisme, L'Âge d'Homme 2002 : Devoir de vérité, Le Cerf 2003 : L'Année des fiascos, L'Âge d'Homme 2004 : L'Heure fatale de l'Occident, L'Âge d'Homme 2005 : Vichy - Alger - Londres, L'Âge d'Homme 2007 : Manifeste pour une Europe des peuples (en collaboration), Éditions du Rouvre
|