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::  Michel Husson
16/04/08 :: 7:59
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Le Smic bientôt exécuté par Sarkozy, comme la France...Debout les pauvres! (Comme on dirait "Debout les morts!")
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On s'en doutait un peu : la «réforme» du Smic est dans les tuyaux. Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg (dont il est interdit de dire qu'ils sont néo-libéraux) viennent de concocter un rapport pour le Conseil d'analyse économique (CAE), intitulé «Smic, revenu minimum et coût du travail : quelle articulation pour combiner justice sociale, incitation au travail et compétitivité ?» Il n'est pas encore publié, mais une version provisoire circule sur Internet. On y découvre une critique en trois points : le Smic a trop augmenté et couvre en France une proportion de salariés plus importante qu'ailleurs ; ensuite, il i[«comprime la distribution des salaires [...] sans grande efficacité pour lutter contre la pauvreté»]i ; il contribue enfin à exclure les jeunes de l'emploi.
Cette démonstration à charge ne tient pas la route. D'abord, une lapalissade : les augmentations du Smic profitent aux bas salaires. Une étude de la Dares montre ainsi que la progression des salaires a été plus importante dans les secteurs à bas salaires. Le Smic remplit son rôle de «voiture-balai» : s'il avait moins augmenté, on aurait aujourd'hui moins de Smicards mais plus de bas salaires.

Des comparaisons hasardeuses avec le modèle anglais
Le Smic est-il responsable de la compression des salaires ? Non, parce que deux autres effets ont joué: d'abord, les accords de RTT qui ont gelé une partie des salaires, et ensuite les allègements de cotisations. Ils sont dégressifs et s'annulent à 1,6 fois le Smic. Résultat : il est d'autant plus coûteux d'augmenter un salaire que celui-ci est bas et bénéficie d'allègements proportionnellement plus élevés. Cet effet pervers des «trappes à bas salaires» est évoqué dans le rapport, mais l'objection est balayée d'un revers de main (page 9) à partir d'une seule étude dont les données s'arrêtent... en 1997 ! Un peu plus loin, page 42, on apprend que «les études sur ce sujet sont rares», mais qu'il en existe quand même une autre qui montre l'inverse, à savoir que les allègements «ont eu un effet plutôt négatif sur la mobilité salariale des employés à bas salaires». Et à la différence de la précédente, cette étude prend en compte le passage aux 35 heures, et modélise les allègements Fillon.
Le rapport donne de nombreux exemples de ce parti-pris qui s'accompagne d'approximations diverses. Les experts du CAE insistent ainsi sur le fait qu'il y a plus de salariés au voisinage du salaire minimum en France que dans d'autres pays. Mais ils passent allègrement sous silence les difficultés de telles comparaisons. Ainsi, en France, on compte comme «smicards» tous les salariés concernés par une hausse du Smic, alors qu'au Royaume-Uni, on ne compte que les salariés payés juste au niveau du minimum. Une note récente du ministère de l'Economie montre qu'avec une définition comparable, l'écart entre les deux pays est bien moindre : «5% à 6% de l'ensemble des salariés sont rémunérés au niveau du NMW (National Minimum Wage) en 2007» contre «moins de 10% de salariés effectivement rémunérés au niveau du Smic».

Des propositions provocantes
L'argument sur la pauvreté est tout aussi spécieux, puisqu'il table sur un monde virtuel sans Smic où, bien sûr, l'emploi serait plus élevé et sortirait des chômeurs de la pauvreté. Or, les emplois créés de cette manière seraient en grande majorité payés en dessous du seuil de pauvreté. C'est pour cette raison que l'Ocde reconnaissait, dans sa dernière étude consacrée à la France, qu'une augmentation du Smic entraînerait «peut-être une diminution de la mesure de la pauvreté malgré le recul de l'emploi».
Les propositions sont à la mesure du réquisitoire : refus des «coups de pouce» et de l'indexation automatique du Smic sur la progression du pouvoir d'achat, refus de conditionner les allégements à la résorption des minima de branches inférieurs au Smic, et institution d'un Smic-jeunes. De telles provocations vont à contre-courant de ce qui se passe en Europe sur la question du pouvoir d'achat. En Allemagne, la discussion est ouverte sur l'institution d'un salaire minimum, parce que les conventions collectives couvrent de moins en moins les salariés et que le taux de bas salaires a du coup dépassé celui du Royaume-Uni (22,7 % contre 21,7 %), comme le montre un bilan récent. Après l'euro-manifestation sur les salaires, les syndicats réfléchissent à nouveau sur l'idée d'un système de salaires minima au niveau européen. Reparler d'un Smic-jeunes, après le mouvement de la jeunesse de 1994 (et plus récemment contre le CPE) manifeste une incompréhension tactique assez remarquable de la situation. Mais la fonction réelle d'un rapport tellement biaisé est plutôt de faire apparaître comme «modérés» les projets gouvernementaux qui visent, eux aussi à liquider le Smic, mais «en douceur».
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Notes :
Vive les sans papiers, à bas le Smic !
par Philippe Cohen (Marianne2.fr)


Où l'on apprend qu'un lobby de patrons se constitue pour régulariser leurs employés sans papiers, au moment où se développe une nouvelle offensive contre le Smic. Coïncidence ? Non cohérence!


L‘actualité sociale nous apporte aujourd'hui une coïncidence qui n'a rien d'étrange. D'un côté, le Conseil d'analyse économique va diffuser un nouveau rapport proposant, une fois de plus, de remettre en question le Smic qui freinerait la création d'emplois, au moment précis où l'on apprend sa prochaine augmentation pour cause d'inflation; de l'autre la «mobilisation» d'une quarantaine de patrons, rapportée par Le Monde, en faveur de la régularisation des sans papiers qu'ils emploient. Vous imaginiez les patrons près de leurs sous ? Leur hostilité au Smic démontre qu'ils sont soucieux de défendre leurs intérêts ? Eh bien détrompez-vous, ils peuvent aussi avoir grand cœur et défendre leurs employés. Leur argument ? Leurs sans papiers sont «d'excellents éléments». Ils «ne prennent le travail de personne» puisque les Français «de souche» ne veulent pas de ce genre de job.
Cette rhétorique est pourtant parfaitement cohérente : dans les deux cas, il ne s'agit que de «faire jouer la loi du marché» dans le domaine du travail. Les sans-papiers qui travaillent pour presque rien sur nos chantiers ne font qu'anticiper le grand marché mondial du travail auquel aspire la classe patronale. Mais la libre concurrence entre travailleurs ne peut fonctionner que si l'on supprime le taquet du Smic. Plus de frontières, d'accord, mais à conditions qu'il n'y ait plus de lois ! On attend avec intérêt la réaction de Besancenot : les chefs d'entreprise du bâtiment deviendront-ils les compagnons de route du nouveau parti anti-capitaliste que prépare la LCR ? Officiellement, celle-ci pourra toujours défendre le Smic à 1800 euros et l'ouverture des frontières à tous les immigrants. Elle n'a aucune chance de voir le Smic augmenter. Mais sa deuxième revendication fait rêver tous les patrons : pour rapprocher le Smic français du Smic chinois, quoi de mieux qu'un monde sans frontières et sans lois ?
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