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::  Claude Ribbe
07/02/10 :: 13:23
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A propos des Dumas, père et fils...Justice doit être rendue!
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Le "président de la République française", M. Nicolas Sarkozy, avant de fouler le sol d’Haïti (ndlr.aujourdhui occupé par 20 000 soldats US), doit avoir rendu justice au général Alexandre Dumas !


"Le président de la République française" s’apprête à se rendre en Haïti, à la suite du cataclysme qui a frappé ce pays, faisant plus de deux cent mille morts. C’est la première fois qu’un chef d’État entreprendra une telle visite qui est lourde de sens quand on sait le rôle peu glorieux que la France a joué dans cette île depuis le traité de Ryswick en 1697. La France a martyrisé HaÏti pendant quatre siècles. La compassion un peu forcée affichée aujourd’hui ne saurait le faire oublier.


1. La traite, tout d’abord.


Un million d’hommes, de femmes et d’enfants, ont été déportés d’Afrique en Haïti par la France, entre 1697 et 1791, laissant au cours des opérations de traite cinq millions de victimes en Afrique.


2. L’esclavage ensuite.


Ces déportés ont été exploités en Haïti dans des conditions qui furent les plus dures de toute l’histoire de l’esclavage aux Amériques. L’espérance de vie d’un esclave déporté par la France en Haïti n’était que de quelques années. Heureusement les esclaves se révoltèrent et devinrent citoyens français en 1794. Avant l’abolition, ils faisaient vivre un Français sur huit et assuraient l’équilibre du commerce extérieur de ce pays. Les richesses procurées aux Français par le travail criminellement infligé aux esclaves se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros. Ce préjudice n’a jamais été réparé, ni seulement regretté.


3. Les crimes contre l’humanité de 1802-1803.


En 1802 et 1803. La France, bafouant les acquis de la Révolution, a tenté de rétablir l’esclavage en Haïti. Devant l’impossibilité de ce rétablissement, un génocide a été tenté avec des moyens qui rappellent parfois les heures les plus sombres du XXe siècle. La guerre civile et les exactions commises par la France pendant la période 1802-1803 ont causé autant de victimes parmi les Haïtiens que le tremblement de terre de 2010.


4. L’extorsion frauduleuse d’une indemnité aux Haïtiens en 1825.


Sous la menace d’une reconquête, la France a exigé d’Haïti, le pays qui l’avait vaincue, le paiement d’une ignoble indemnité de 150 millions de francs or, ultérieurement réduite à 90 millions. C’était le prix des esclaves perdus. Au lieu de les indemniser pour le mal qu’on leur avait fait, on leur a fait payer, à eux et à leurs descendants, le prix d’une liberté qui n’a jamais appartenu à la France. Au paiement du principal, est venu s’ajouter le paiement de nombreux emprunts consentis par des banques françaises. Malgré l’établissement de la République et la proscription générale de l’esclavage, les Haïtiens ont continué à payer aux Français leur dette jusqu’au beau milieu du XXe siècle. En 2004, le gouvernement haïtien estimait le préjudice à 21 milliards de dollars.


5. L’hébergement du dictateur Duvalier.


La France héberge depuis 1984 le dictateur Jean-Claude Duvalier, alias baby Doc, accusé de violation des droits de l’homme et de vol de sommes appartenant aux Haïtiens. Le statut dont il bénéficie a été refusé à des centaines de milliers d’Haïtiens, expulsés du territoire français.


6. La participation au coup d’État du 29 février 2004.


La France, au mépris de la constitution haïtienne et des élections régulières qui s’étaient déroulées, a participé, d’une manière aujourd’hui indiscutable, à un coup d’État contre le président Jean-Bertrand Aristide, qui était le premier président légitimement élu de l’histoire d’Haïti. Elle a également participé à son enlèvement et à sa séquestration dans un pays qui était notoirement, à l’époque, sous le contrôle de la France, la république centrafricaine. Elle a en outre organisé une campagne de diffamation à son encontre, notamment par le biais du ministère des Affaires étrangères.


7. La réglementation particulière imposé aux Haïtiens à l’entrée des départements d’outre-mer français.


Alors que la France se gargarise de grands principes et de « continuité territoriale », le visa d’entrée en France pour un Haïtien n’est valable ni en Guadeloupe ni en Martinique, ni en Guyane. Un second visa doit être accordé par le préfet de ces départements, qui agit dès lors comme pouvait agir le gouverneur d’une colonie au temps de l’esclavage. Ces mesures résultent de la hantise de la France esclavagiste de voir ses colonies contaminées par le virus de la liberté dont le germe s’était développé en Haïti.


8. La symbolique vexatoire.


La France a donné à l’aéroport de Cayenne en Guyane le nom de Rochambeau, le général qui tenta d’exterminer les Haïtiens en les gazant au souffre et en les livrant à des chiens dressés à dévorer les « nègres ».


9. La volonté constante d’empêcher Haïti de se développer.


La politique de la France à l’égard d’Haïti depuis 1802 est de s'en servir comme d’un épouvantail pour les Français d’outre mer qui songeraient à l’indépendance. De ce fait, la prétendue « coopération » n’a toujours été qu’un mélange de saupoudrages, de mesures factices, et d’actions de déstabilisation. On notera que les Français descendants d’esclaves sont systématiquement écartés depuis 1802 de toutes responsabilités liées à la politique française à l’égard d’Haïti.


Même si la France n’est pas le seul pays à avoir martyrisé Haïti et à se comporter avec une telle violence, ces faits constituent un lourd passif et donnent à la visite du "président de la République française" un caractère éminemment historique et solennel qui n’échappera à aucun observateur, en France, comme à l’étranger.


Il appartient aujourd’hui à la France de changer de cap et de rompre avec quatre siècles d’agissements honteux.


Sans attendre qu’Haïti soit frappée par une catastrophe qui n’est qu’un malheur naturel venant s’ajouter à la cruauté des nations réputées civilisées, l’association des amis du général Dumas a présenté au "président de la République" française une demande symbolique.


Le général d’armée haïtien-français Alexandre Dumas, père du célèbre écrivain, fut la victime collatérale de la politique menée par la France contre Haïti. Né esclave, donc victime de ce qui est aujourd’hui reconnu comme un crime contre l’humanité, il fut en 1802 également victime d’un fléau qui continue de ravager la France non seulement dans sa relation avec certains pays tels qu’Haïti, mais aussi dans la relation de ses gouvernements avec certains Français, descendants d’esclaves ou d’indigènes. Ce fléau a pour nom le racisme. Le général Alexandre Dumas est le plus grand héros de la Révolution française. Mais sa couleur de peau l’a privé de tous honneurs auxquels sa bravoure et son dévouement à la nation lui donnaient droit. Il est le seul général de l’histoire de France depuis 1802 auquel on ait refusé la Légion d’honneur. Bien plus, le gouvernement français, pour une raison qui ne peut s’expliquer autrement que par le racisme, est allé jusqu’à refuser, en 2006, d’inscrire le bicentenaire de sa mort sur la liste des commémorations nationales officielles.


Le général Dumas avait reçu un sabre d’honneur lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798. La remise de ce sabre est attestée, de manière incontestable, par un document autographe, tracé de la main du général Dumas et conservé au musée Dumas de Villers-Cotterêts. La remise de ce sabre d’honneur par Bonaparte faisait du général Dumas un membre de droit de l’ordre de la Légion d’Honneur. Un second document, daté de 1804, et signé de la main du maréchal Murat, également conservé au musée de Villers-Cotterêts, établit que le général Dumas a accompli la démarche pour que ce droit lui soit au moins reconnu. Même le maréchal Murat, beau-frère de Napoléon, dès 1804, soutenait publiquement le général Dumas, dans cette démarche légitime.


Pourtant une certaine France, depuis 1802, refuse, par racisme, d’accorder au général Dumas ce qu’il demandait. C’est la même France qui, par racisme, s’attache aujourd’hui à salir la mémoire de son fils, en lui contestant jusqu’à sa qualité d’auteur, en lui contestant jusqu’à la couleur de sa peau.


L’admission à titre posthume du général Dumas dans l’ordre national de la Légion d’honneur a été refusée par Jacques Chirac en 2002. C’est le même Jacques Chirac qui, assisté de Dominique de Villepin, a refusé que le bicentenaire du général Dumas soit commémoré en 2006. Ces deux hommes, il est vrai, venaient de soutenir un coup d’État en Haïti.


L’association des amis du général Dumas a réintroduit la demande d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur auprès du nouveau "président", M. Nicolas Sarkozy, appuyée par une pétition signée par plus de 2000 personnes de par le monde, dont de très nombreux Haïtiens. Pour l’instant, il n’a pas été donné satisfaction à cette demande, sans qu’elle soit pour autant rejetée. Rien n’indique que jusqu’à présent ce dossier ait été prioritaire pour M. Nicolas Sarkozy. Mais le voyage qu’il a décidé change la donne.


Le fait, en effet, pour le "président de la République", de se rendre en Haïti, sans se prononcer au préalable, de manière claire et solennelle sur cette demande, qui se trouve du reste soutenue par M. René Préval, actuel président de la République d’Haïti, serait le signe que l'attitude du président Sarkozy envers Haïti reste dans la continuité des exactions négrophobes plus haut évoquées. Il appartiendrait, dans ce cas, à tous les Haïtiens et aux Français de métropole et d’outre-mer victimes de discriminations d’en prendre immédiatement acte. Car que pourrait-on espérer d’un "président de la République" qui promettrait la justice pour les Français d’aujourd’hui et se refuserait, quelles que soient les raisons invoquées, à réparer, sans que cela coûte un centime à la République, une injustice vieille de plus de deux cents ans ? Un "président de la République" qui promettrait de promouvoir la « diversité», mais qui refuserait d’honorer le plus illustre des héros de cette « diversité ». "Un président de la République", en outre, qui ne tiendrait pas sa parole, puisqu’il s’est engagé dès le 8 février 2008, les yeux dans les yeux, à « faire le nécessaire pour le général Dumas » ?


C’est pourquoi l’association des amis du général Dumas vous demande aujourd’hui de soutenir publiquement cette démarche symbolique et légitime, non seulement vis-à-vis d’Haïti, mais de tous les Français discriminés, en signant la pétition pour que le général Dumas soit rétabli dans ses prérogatives et en intervenant dans ce sens auprès du "Président de la République française" avant qu’il ne se rende en HaÏti le 17 février 2010.


*écrivain,
président des Amis du général Dumas


Signature de la pétition :

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74
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Notes :
"L’autre Dumas", de Safy Nebbou, avec Depardieu : un film français nul et ouvertement négrophobe.


Par Claude Ribbe
www.claude-ribbe.com


Personne n’a pu échapper à la promotion extrêmement agressive entreprise pour le film L’Autre Dumasdont le propos est de ternir la réputation du romancier Alexandre Dumas, descendant d’esclave haïtien, de le ridiculiser en le faisant représenter par Gégé Depardieu le « Gaulois », et de provoquer tous les descendants d’esclaves ou d’indigènes de France par une offensive raciste tous azimuts destinée à assurer, par la polémique, la promotion du film.


Le père d’Alexandre Dumas, le romancier, s’appelait également Alexandre Dumas. Il était né esclave en Haïti.


C’est un authentique héros de la Révolution française. Au moment du rétablissement de l’esclavage, il fut, hélas, chassé de l’armée... !


Depuis 1802, la France refuse de l’admettre dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Alexandre Dumas le romancier, fils du précédent, avait trois ans et demi à la mort de son père. La mère, privée de pension, alors qu’elle était veuve d’un général d’armée, dut supplier pour obtenir un bureau de tabac à Villers-Cotterêts.


On lui reprochait de s'être "prostituée" avec un "noir" et qui plus est, un Haïtien. Le fils n’eut aucune bourse pour faire ses études. Malgré cela, et avec l'aide des amis de son père, il monta à Paris et obtint, grâce à son seul talent, le succès que l’on sait. Aujourd’hui, on dirait de Dumas que c’est un écrivain « noir ».


Au XIXe siècle, on ne manquait pas de lui rappeler ses origines, mais jamais en face, car Dumas avait hérité de la stature de colosse de son père et de son habileté aux armes.


Un dessinateur, Cham (descendant du comte de Noë, le propriétaire de Toussaint-Louverture) le persécuta à coup de caricatures toutes plus racistes les unes que les autres. Quand Dumas quittait un salon, certains ouvraient les fenêtres au motif que « ça puait le nègre ».


Dumas publiait énormément, surtout des feuilletons, et vivait de sa plume. Comme il dépensait beaucoup, étant très généreux, il fut obligé d’engager de nombreux collaborateurs qui accomplissaient les recherches historiques qu’il n’avait le temps de faire et traçaient souvent le canevas de ses œuvres. A partir de cela, Dumas se mettait au travail et mettait sa touche de génie, fort aisément reconnaissable. Dumas ne quittait guère sa table de travail, d’où son embonpoint final, comme tous les forcenés de l’écriture (Balzac, George Sand).


Alexandre Dumas, le dragon de la Reine (épuisé) était la seule biographie publiée en France depuis la mort du général (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive, époux de l’arrière petite-fille du général, qui était parue en 1897). J'ai récidivé avec Le Diable noir (publié chez Alphée en 2008 et que j'ai moi-même adapté en documentaire de 52', préacheté mais non encore diffusé par France 2, avec Stany Coppet dans le rôle du général Dumas).


En 2002, Valérie Terranova, conseillère de Jacques Chirac (et mêlée ensuite au coup d’État contre Haïti) décida (sur les recommandations d’un de ses amis) d’annoncer l’entrée au Panthéon d’Alexandre Dumas pour faire un « coup » avant les élections de 2002.


La date de la cérémonie, très contestée à Villers-Cotterêts (où reposait Dumas), fut fixée au 30 novembre 2002. Le président du Sénat, Poncelet, m'invita, à cette occasion, à prendre la parole publiquement pour rendre hommage au général Dumas, dont je rappelai qu’il était arrivé en France sans-papiers, ce qui sema la panique à l’Élysée (dont Dominique de Villepin, entouré d’un cabinet qui n'était noir qu'à cause de ses méthodes, était alors le secrétaire général).


Un auteur, Bernard Fillaire, avait publié de son côté un livre, Alexandre Dumas et associés. Le but de cet ouvrage était fort malsain. Il s’agissait de faire savoir qu’Alexandre Dumas ne méritait pas les honneurs qu’on lui rendait enfin, parce qu’il n’aurait pas écrit ses livres lui même.


En fait, Bernard Fillaire n’avait pas inventé grand-chose. Il ne faisait que mettre au goût du jour un pamphlet publié en 1845 par Eugène de Mirecourt sous le titre Dumas et Cie, fabrique de romans. Avant de laisser tomber la copie et de parler de l’original, notons au passage que c’est Bernard Fillaire qui a écrit le «livre» destiné à faire la promotion de Lilian Thuram, fort inspiré, paraît-il, du travail de divers auteurs non cités.


Le pamphlet de Mirecourt était ouvertement négrophobe et d’une violence telle que Dumas dut se résoudre à déposer plainte. Il obtint la condamnation de Mirecourt le 16 mai 1845 à une amende, assortie de 15 jours de prison pour diffamation.


L’aggravation pour cause de racisme n’existait évidemment pas à l’époque (l'esclavage étant toujours en vigueur dans les colonies). Dommage. Qu’on en juge plutôt : « Grattez l’écorce de M. Dumas et vous trouverez le sauvage… Les joujoux le séduisent, les fanfreluches lui tournent le cerveau : Nègre ! »


Quel rapport entre le livre raciste de Mirecourt et L’Autre Dumas de Nebbou ? C’est la même entreprise. Les négrophobes se sont engagés dans la brèche ouverte par Bernard Fillaire (continuateur de Mirecourt) et ont pu œuvrer avec le soutien de l’appareil d’État mis à contribution pour préparer l’attaque contre Haïti et l’enterrement de la loi Taubira.


Au moment où Pétré-Grenouilleau, grâce à Villepin, à Régis Debray et à Chirac, surgissait du néant où il est depuis retombé, une pièce de théâtre particulièrement nulle était, comme par hasard, écrite et montée pour vilipender Dumas et y faire la promotion d'un inconnu insignifiant, mais blanc de peau, donc providentiel : Auguste Maquet.


Maquet fut au nombre des collaborateurs du romancier : un raté complet, obscur professeur d’histoire. Encouragé par le pamphlet de Mirecourt, auquel il n’était pas étranger, il profita de l’attaque diffamatoire contre Dumas pour l’accabler à son tour de procès, revendiquant une place de co-auteur et, bien sur, des droits en conséquence. Maquet mourut fort riche. Dumas dans la misère.


L’idée a dès lors été soufflée à un réalisateur, Safy Nebbou, de faire, à partir de ce navet glorifiant le nain jaloux Maquet, un film ouvertement négrophobe : on « réhabiliterait » Maquet, le génie méconnu qui deviendrait le "nègre", l'"esclave", exploité par un salaud d'imposteur incapable d'écrire une ligne, et Dumas deviendrait l'imbécile, l'analphabète, le négrier.


Puisque les Français commençaient [ridicule cela se sait depuis toujours, sauf chez les incultes] à être informés sur les origines d’Alexandre Dumas et qu’ils n’en étaient que plus admiratifs, [? Pourquoi “plus admiratifs” ? Admiratifs tout court] il devenait urgent de le salir. On ferait à Dumas ce qu'on a fait à Aristide : deux Haïtiens dérangeants.


Comme on peut s’en douter, Nebbou n’a pas eu de mal à trouver un producteur et à rassembler 11 millions d’euros sur ce projet ignoble.


Au moins Nebbou, et c’est tout son « mérite », n’y est pas allé par quatre chemins. On aurait pu imaginer un film sur les rapports entre Dumas et Maquet, faisant au moins la part des choses. Non, là c’est un film contre Dumas et à la seule gloire de Maquet.


Le Point, l’hebdomadaire que M. Pinault s’est offert avec l’argent des arbres « exotiques » abattus dans les vieilles forêts d’Afrique, l’hebdomadaire où l’on encense, quand il le faut, les Pétré Grenouilleau et Pap Ndiaye, ne s’y est pas trompé en titrant : «Maquet, l’esclave de Dumas». Beaucoup de journalistes ont éprouvé un frisson de jouissance à faire des jeux de mots sur le terme «nègre».


Mais Nebbou est allé plus loin encore. Quitte à nier la négritude de Dumas pour la reporter sur Maquet, il a choisi pour incarner Dumas le plus « gaulois » des acteurs qu’il pouvait trouver : Gérard Depardieu, ou si l’on préfère, Obélix.


Je n’ai rien contre Depardieu, qui est un très grand acteur. Je l’ai vu débuter et remarqué dans La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke en 1970 alors qu’il était absolument inconnu.


Pour les mêmes raisons que Dumas, sans doute, (l’argent), Depardieu a participé à des films qui étaient indignes de son talent. Celui-ci est vraiment en tête de liste de ses navets alimentaires. Mais c’est en plus un film abject.


Ni Depardieu, ni Poolevorde, certainement, n’ont compris dans quelle entreprise on les avait embarqués. D’après les rumeurs, Poolevorde aurait toutefois rué dans les brancards durant le tournage, et c’est tout à son honneur.


Au moment où les descendants d’Africains de France tentent d’obtenir un peu de respect et la reconnaissance de leurs héros bafoués, était-il convenable de confier le rôle de Dumas, dont la grand-mère était une esclave noire, au blondinet Depardieu, affublé d’une perruque frisée grotesque ?


L’attaque de Nebbou contre Dumas est d’autant plus monstrueuse que l’on avait toujours refusé en France de faire un film sur cet auteur, pour ne pas avoir à évoquer ses origines.
Personne ne sera surpris de la promotion gratuitement consentie à ce film. Michel Drucker s’indigne, paraît-il, que Dumas n’ait pas écrit lui-même ses livres. Dumas a écrit ses livres.


Mais je conseille à tous ceux qui n’ont pas écrit les leurs un peu de décence, si ce n’est de prudence. L’édition est un petit milieu. Imaginons que tous les Maquet d’aujourd’hui révèlent au grand public le nom des ouvrages auxquels les auteurs n’ont apporté que leur nom sur la couverture ou un brouillon impubliable. Beaucoup de journalistes de télévision, certainement, y perdraient de leur crédit et peut-être même leur place. Ne parlons même pas des hommes politiques.


J’ai publié ce printemps (en tant que directeur de collection d’une maison d’édition) et longuement préfacé La Vendée et Madame, un livre que Dumas avait écrit en 1833 pour le général Dermoncourt, compagnon de son père.


J’avais rétabli la vérité. Un journaliste du Figaro Magazine qui, pourtant, avait accepté de boire et de manger son saoul dans un de ces restaurants dont les nègres sont cachés dans les cuisines (le journaliste était invité, selon l’habitude de beaucoup de journalistes, par l’attaché de presse, aux frais de la maison d’édition). Un journaliste, donc, du Figaro Magazine, s’était déchaîné sur deux pages, avec une âpreté singulière, pour dire que ce n’était pas Dumas qui avait pas écrit La Vendée et Madame, mais bien le général Dermoncourt. C’est parfaitement absurde car tout le monde sait que Dumas est bien l’auteur de ce livre et que la moindre des choses, en le rééditant, était de le mettre au crédit de son véritable auteur.


Mais pour ce journaliste, cette réhabilitation, que j’avais entreprise, allait à l’encontre du film de Nebbou, alors en tournage et dont il participait certainement déjà à l’entreprise de promotion. Il faut imaginer, en effet, la part de budget de L'Autre Dumas qui a pu être consacrée à régaler les journalistes, qui cette fois semblent avoir au moins la reconnaissance du ventre.


Dumas ne pouvait avoir écrit pour un autre. Cette thèse développée dans Le Figaro Magazine était en fait empruntée au livre de Mirecourt condamné par la justice où, de la même manière, dès 1845, on niait que Dumas ait été capable d’écrire le livre du général Dermoncourt.


De plus, le fait que ce soit moi qui écrive sur Dumas était parfaitement inacceptable. Je fus traité de « gentleman mystificateur ». Et Le Figaro Magazine titra : Inédit de Dumas : un faux !
L’Autre Dumas sort le 10 février, trois semaines après le cataclysme qui a fait plus de 200 000 morts au pays d’Alexandre Dumas, une semaine avant que le "Président de la République" ne se rende en Haïti.


Voilà qui montre bien l’opinion qu’une certaine France peut avoir des Haïtiens et plus généralement des descendants d’esclaves, dont Dumas est l’un des plus illustres.
Comment réagir ?


1°/ En n’allant pas voir L’Autre Dumas et en appelant à le boycotter parce que ce film est tout simplement une incitation insidieuse à la haine gratuite.


2°/ En signant et en faisant signer la pétition pour qu’un hommage soit enfin rendu au père de la victime de ce film, le général Alexandre Dumas. Ainsi, la promotion raciste qui va être mise en œuvre pendant toute la semaine bénéficiera au moins à une entreprise qui ne l’est pas.

Claude Ribbe,
écrivain,
Président de l'association des Amis du général Dumas

Signez la pétition : La légion d'honneur pour le Général Alexandre Dumas

Claude Ribbe est écrivain, éditeur et réalisateur. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Le Diable noir (Alphée).
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