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01/01/08 :: 11:57
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Droite bling bling et gauche bo bo caviar, l'union des breloques pour illustrer la déliquescence de la France
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En vacances avec Carla Bruni, le président domine jusqu'au bout l'actualité de 2007. Son style a marqué le paysage politique français.


Un Noël au soleil, dans un grand hôtel, au bras d'un top model. Ce n'est pas le refrain d'un tube sirupeux, mais le programme du voyage de Nicolas Sarkozy en Egypte. Mercredi, le président a poursuivi son séjour à Louxor, visitant les tombes des pharaons en compagnie de sa nouvelle compagne, la chanteuse Carla Bruni. Le tout sous l'œil avide des caméras et photographes dépêchés sur place par les médias français.


Une fois de plus, le style tapageur du chef de l'Etat fait jaser. La gauche et certains journaux lui reprochent son hypocrisie - ce déplacement soi-disant privé est largement ouvert à la presse - et l'utilisation du jet d'un milliardaire, Vincent Bolloré, pour effectuer le vol vers Louxor. En mai dernier, les vacances de Nicolas Sarkozy s'étaient déroulées sur le yacht du même Bolloré, inaugurant une ère de luxe ostentatoire, de starisation et de médiatisation incessante du personnage présidentiel.


Depuis, ce style a reçu l'appellation générique de «bling-bling», référence aux chaînettes et joyaux voyants dont s'ornent certains rappeurs américains. La rupture est nette avec le genre «vieille France» - Loden verts, noms à particule et messes le dimanche - associé à la droite traditionnelle. La nouvelle droite sarkozyste est urbaine, consumériste, parfois vulgaire. Surtout, elle assume sans complexe le fait d'apprécier l'argent. Revue de détail.


Les accessoires


Dès le début de son mandat, Nicolas Sarkozy s'est distingué par un goût prononcé pour des objets qu'on croyait incompatibles avec la fonction présidentielle: chaînette en or sur la poitrine, bracelet porte-bonheur au poignet, chaussures à glands, T-shirts de la police new-yorkaise... Deux accessoires méritent une mention pour leur contenu symbolique: les lunettes de soleil Ray-Ban, qui évoquent les héros machos du film Top Gun, et les montres suisses bien visibles. Selon les forums spécialisés, le président porterait notamment une Rolex Daytona et une Breitling Navitimer. «Sarkozy, c'est de la grosse montre un peu m'as-tu vu et pas si chère que cela», relève un internaute. Les cigares, le téléphone portable toujours à la main et un chihuahua nommé Big complètent la panoplie.


Le langage corporel


Loin du formalisme raide de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy tape dans le dos, prend par le bras et tutoie presque tous les chefs d'Etat étrangers qu'il croise. Il aime se montrer en train de faire du jogging ou torse nu sur un kayak, comme cet été aux Etats-Unis. Sur le terrain, lorsqu'il est confronté à ses opposants, le président adopte volontiers une attitude de défi physique. En 2005, visé par des projectiles en banlieue parisienne, il promet de sévir contre la «racaille». Cet automne, en Bretagne, il lance un «descends un peu le dire» indigné au pêcheur qui l'a insulté. Le jour où les images de sa promenade à Disneyland avec Carla Bruni sont parues dans Point de Vue, il provoque les photographes qui l'attendent dans le froid près de l'Elysée: «Surtout, ne manquez aucune photo...» Réponse d'un des intéressés: «Quel enfoiré, ce mec, mais quel enfoiré!»


Les préférences culturelles


Bien qu'il soit «doté d'une solide culture politique et historique», selon le quotidien Libération, Nicolas Sarkozy préfère étaler son goût pour les divertissements populaires. Il y a quelques jours, il présentait au pape le pétaradant humoriste Jean-Marie Bigard. A la télévision, il commente parfois le Tour de France et les grandes rencontres de football ou de rugby. Il fréquente Enrico Macias, Johnny Hallyday, la chanteuse Chimène Badi, et jalouse le succès de l'écrivain Marc Lévy: «Moi, je regrette, un type qui vend à des millions d'exemplaires, ça m'intéresse», confiait-il à l'écrivain Yasmina Reza, durant la campagne présidentielle.


Le bling-bling, message politique?


En France, certains commentaires insistent sur le contenu social et politique du style Sarkozy. «J'y vois une droite qui triomphe sans idéologie, sans doctrine, mais de façon culturelle», explique le politologue Dominique Reynié, qui remarque le «côté jubilatoire» du président. «Cela correspond à la tendance, chez un certain nombre d'hommes de pouvoir, d'assumer leur mode de vie, avec le sentiment qu'ils peuvent absolument tout faire», ajoute Nina Mitz, une communicante parisienne bien introduite dans les milieux politiques et financiers. Enfin, dans son essai De quoi Sarkozy est-il le nom (Editions Lignes), le philosophe maoïste Alain Badiou dénonce «une façon de dire: la gauche ne fait plus peur à personne, vivent les riches, à bas les pauvres!»


Vincent Bolloré, l'homme qui a mis son jet privé à disposition de Nicolas Sarkozy, n'est pas un industriel ordinaire. Héritier d'une dynastie de papetiers bretons, il règne aujourd'hui sur un empire hétéroclite: on y trouve des plantations en Indonésie et une papeterie écologiquement certifiée à Thonon, des usines de batteries et des journaux gratuits, des sociétés de logistique et des participations financières. Le tout pèse près de 6 milliards d'euros.


A la fois discret et omniprésent, Vincent Bolloré est «dans l'establishment, et en même temps anti-establishment», estime Nicolas Cori, journaliste à Libération et auteur d'un livre à paraître sur le milliardaire. Son jeu préféré: acheter des actions dans des sociétés vulnérables, les mettre sous pression et sortir après quelques mois en empochant une coquette plus-value. Il a fait le coup à la banque Lazard et à Martin Bouygues, l'un des meilleurs amis de Nicolas Sarkozy. Mais son chef-d'œuvre est peut-être la vente de sa participation dans le fabricant de tuyaux Vallourec, qui lui aurait rapporté plus de un milliard d'euros.

Aujourd'hui, certains observateurs se demandent ce que sa proximité avec Nicolas Sarkozy peut rapporter à Vincent Bolloré. Il y aura «forcément une contrepartie», accusait mardi le député socialiste Arnaud Montebourg. Pour l'instant, elle ne se voit pas. Mais pour un milliardaire qui se verrait bien en magnat des médias - il vient de racheter l'antenne française de l'agence AP - une relation confiante avec le meilleur sujet du moment ne peut pas nuire.
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Notes :
Bonus:
Vue de l'étranger, une France de plus en plus déconsidérée:


Les photos de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni à Louxor (Haute-Egypte) ont fait, mercredi 26 décembre, le tour du monde. Aux Etats-Unis, elles ont été reprises par les journaux accompagnées d'une courte synthèse dans la page people. C'est surtout en Europe que les commentateurs politiques s'y sont intéressés, s'interrogeant, souvent de façon peu amène, sur le nouveau style de la présidence française.


Ainsi, en Italie, le quotidien La Repubblica, sous la plume de Bernardo Valli, se demande, jeudi 27 décembre, si, "à la veille de son cinquantième anniversaire, la Ve République n'a pas changé de visage", si "son sixième président, actuellement en fonction, n'est pas en train d'en écrire l'épitaphe". L'éditorialiste décrit "sur le trône de De Gaulle, un président en manches de chemise, avec la chemise déboutonnée et les lunettes de soleil d'Alain Delon, qui reçoit ses ministres les pieds sur la table et tutoie (presque) tout le monde".


"CELA TOURNE VITE AU VULGAIRE"


L'autre grand quotidien, Il Corriere della Sera, consacre sur deux pages un reportage très illustré et plutôt ironique aux "deux fiancés". En Espagne, où M. Sarkozy est bien en cour et suscite depuis sa campagne présidentielle une curiosité bienveillante, même les journaux conservateurs El Mundo et ABC s'étendent sur le coût du séjour et le rôle de Vincent Bolloré, après le prêt de son yacht à Malte.


C'est en Allemagne que les commentaires sont les plus durs, confirmant la difficulté outre-Rhin à s'habituer à un président de la République française dont les comportements désarçonnent les Allemands, qui ont toujours eu le sentiment qu'il ne les portait pas dans son cœur. A l'unisson, la presse accuse le chef d'Etat de chercher une fois encore à se mettre en scène, souvent au préjudice de sa fonction. "Au lieu de se démener, comme le reste de la classe politique du pays, sur le pouvoir d'achat, les retraites ou les délocalisations, il s'en va le week-end à Disneyland", note le magazine de droite Focus dans son édition en ligne, qui décrit un président à la recherche de "trophées".


"Ehonté, irritant, narcissique", s'agaçait la Süddeutsche Zeitung dès le 21 décembre : "Ses prédécesseurs aussi aimaient le luxe. Chez Sarkozy, cependant, cela tourne vite au vulgaire." "Les Français ne peuvent que constater à quel point ce nouveau Napoléon est imprévisible", conclut le Berliner Zeitung du 24 décembre.


En Belgique, tous les titres, francophones et néerlandophones, plaçaient en "une", mercredi, les photos de Louxor. Une "virée people" selon Le Soir, pour lequel "Sarko termine 2007 sûr de lui, arrogant, espérant mettre un voile sur ses premiers vrais déboires"
.

Aux Pays-Bas, le quotidien de référence NRC-Handelsblad s'interrogeait, jeudi, sur "ce qui se déroule vraiment à l'Elysée, où l'on semble tourner un remake de Louis de Funès".


Peut-être par trop habituée aux controverses entourant les voyages privés de l'ancien premier ministre Tony Blair, la presse britannique, qui avait fait ses choux gras de l'officialisation de la nouvelle liaison présidentielle au parc Disneyland, s'est faite plus discrète. "Kozy et sa copine sur les rives du Nil", titrait le tabloïd The Sun. Dimanche, The Independent ironisait sur un "Sarkozy qui a réinventé la présidence de la France à l'époque du star-system". M. Sarkozy est "le candidat unique d'un studio de 'Loft Story' appelé Elysée, une star de soap opera", écrivait le journal.
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