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BILLET D'HUMEUR
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Amaury Watremez
23/04/12
:: 13:15
Cantique de la canaille en politique d’hier à aujourd’hui
D'aucuns le prétendent, les français ont tué le père le 21 janvier 1793, et aussi leur surmoi collectif, ce qui leur permettait de refréner leurs pires pulsions au lieu d'y laisser libre cours aux pires moment de l'Histoire, comme on l'a vu aussi bien au moment de la Collaboration que de l’Épuration, quand les résistants de la vingt-cinquième heure se sont improvisés soudain garçons coiffeurs dotés d'une conscience politique.
Depuis le pays se cherche alternativement un père de substitution, qui joue avec lui les pères fouettards, et un père « copain » qui le laisse faire absolument tout ce qu'il entend, quand les français ne supportent plus d'être recadrés.
La France est encore un pays politiquement adolescent, versatile et rejetant tout ce qui peut le raccrocher au réel préférant rêver à des chimères qui pour romantiques qu'elles soient n'ont jamais entraînées en France comme ailleurs que du sang, des larmes, et divers massacres considérés encore maintenant comme justes car commis pour une « juste » cause.
Comme moments « mythiques » ou « mythifiés » de l'histoire française récente ou moins récente, il y eut bien sûr la prise de la Bastille, dont on sait maintenant que le récit que l'on s'en fait encore est surtout totalement imaginaire, et l'enterrement de Victor Hugo, les funérailles nationales d'un poète devenu le porte-drapeau des aspirations de la bourgeoisie progressiste, c'est-à-dire de celles qui restent d'abord et avant tout bien vagues dans leur réalisation concrète et très floues.
Si ces bourgeois, petits et grands, dits de progrès partageaient soudain une partie même infime de leurs revenus avec les plus démunis, en attendant des lendemains qui chantent, il serait facile d'y croire, car elles deviendraient crédibles, hélas, je pense qu'il faille attendre très longtemps encore.
Le contexte actuel rappelle fortement celui des funérailles de Victor Hugo.
Attention, bien évidemment, il ne s'agit pas de remettre en question une seule seconde le talent de cet auteur, son génie, ce que les imbéciles ne manqueront pas de m'accuser, mais la mascarade qui entoura son enterrement, mascarade qui dure encore de nos jours avec les mêmes poncifs, les mêmes absurdités édictées comme autant de vérités intangibles voire de dogmes, la même hypocrisie, si l'on en croit le récit de Léon Daudet dans ses « fabuleux » Souvenirs Littéraires, de droite mais n'ayant rien à voir avec la droite boutiquière qui ne songe qu'à l'argent, « fabuleux » pour reprendre l'appréciation qu'en fit Marcel Proust qui lui dédie le premier tome de « la Recherche ».
Il raconte donc que l'on peut y constater une joie mauvaise de la canaille de toute échelle, bourgeoise, salonnarde, milieu déjà très consanguin, ou populacière, qui feignit de croire que ces funérailles sonnaient en quelque sorte le début de l'émancipation de la société, mœurs et système, alors bien sûr que par émancipation, la lie qui se réjouissait, entendait surtout l'assouvissement de ses pires instincts, les « belles dames catins » de « la haute société » se comportant en filles de salle, se laissant mettre la main à l'encolure par les « apaches », les « beaux messieurs coquins » (les deux termes sont de Maupassant dans sa correspondance) se soûlant au mauvais picrate avec les arsouilleurs et les pires voyous, persuadés de leur impunité quant à leurs méfaits par l'avènement de l'ère nouvelle qu'on leur promit ce jour-là.
Daudet fils, qui mit autant d'acharnement à lutter contre la IIIème République naissante, instable et baignant dans un climat d'affaires louches dés le départ, que son père Alphonse à la défendre, raconte aussi les discours enfiévrés des uns et des autres, Locroy, Zola, et d'autres icônes de la bien-pensance, flattant l'auditoire dans ses pires travers, ne demeurant que dans l'abstraction, suggérant seulement quelques bonnes intentions qui ne mangeaient pas de pain pour se donner bonne conscience mais rien qui ne remette en cause fondamentalement l'iniquité du système.
Bien sûr, ces discours flattant le peuple dans son désir de vengeance envers le bourgeois, le riche le possédant, furent considérablement applaudis, alors que prononcés par quelques uns des plus dignes représentants de cette classe sociale qui cachaient à peine leur morgue et leur mépris du peuple si prompt à se laisser mener en bateau par le premier pseudo-sauveur de la nation qui passe.
Rien ne change, l'histoire de France ne se répète pas, mais elle bégaie...
Encore maintenant...
Notes :
Au lendemain du 1er tour, l'artiste Ibara* fait son cinéma. Il parie sur une victoire, de justesse, de l'ignoble nabot vulgaire, ridicule et très malfaisant. Une fascination qui me rappelle celle de Le Pen en 2007... VL * http://www.espace-ibara.com/