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| Ah Dieu ! que la guerre est jolie.... |
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...Avec ses chants ses longs loisirs Cette bague je l’ai polie Le vent se mêle à vos soupirs . Adieu ! voici le boute-selle Il disparut dans un tournant Et mourut là-bas tandis qu'elle Riait au destin surprenant
Guillaume Apollinaire(1880 - 1918)
"Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été à la guerre" écrivait, compatissant, le poète, qui disait: "Me voici libre et fier parmi mes compagnons"...
Guillaume, depuis les tranchées à une femme aimée: " Effrayante monotonie d'une vie d'où l'eau, même l'eau non potable est absente. O pures tranchées comme des lys qui fleurissent en terre au lieu de fleurir vers le ciel. C'est la terre même qui fleurit. "
Mais à mes yeux, c'est dans ce poème tout simplement intitulé Guerre qu'Apollinaire donne la pleine mesure de son incomparable génie:
"Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre Avant elle nous n'avions que la surface De la terre et des mers Après elle nous aurons les abîmes Le sous-sol et l'espace aviatique Maîtres du timon Après après Nous prendrons toutes les joies Des vainqueurs qui se délassent Femmes Jeux Usines Commerce Industrie Agriculture Métal Feu Cristal Vitesse Voix Regard Tact à part Et ensemble dans le tact venu de loin De plus loin encore De l'Au-delà de cette terre"
Le Poète est ici visionnaire. Pourtant, la critique des cuistres universitaires, tous les "commentateurs" de son oeuvre lui ont toujours cherché une querelle d'allemand, pour n'avoir jamais parlé de la Grande Guerre de façon négative.
"La guerre est une chose charmante" écrivait Apollinaire à Sonia Delaunay, le 1er août 1915. Ce rapport amoureux qu'a entretenu l'auteur d'Alcool avec la guerre, qui s'est engagé volontairement, et qui accepte joyeusement la discipline du soldat, désappointe au plus haut point les glossateurs petit-bourgeois suintant de moraline pacifiste et bêlante. (De moraline antimilitariste et féministe pour être plus exact.
Car nos modernes journalistiques petits bourgeois, les bénis oui-oui, la multitude des Ségolène et des Nicolas, ne sont plus à proprement parler des pacifistes. Ils veulent bien qu'il y ait des guerres. Même des guerres à l'uranium appauvrie.
A condition qu'elles soient humanitaires, pour le Bien, contre les Serbes, Irakiens et autres Talibans misogynes et homophobes....Et des douches, des serviettes hygiéniques de rechange pour les soldates, des Cheesburgers, du Coca Cola et zérommor pour les vaillants mercenaires body-buildés. Toute la racaille des Glucksman, des Val, Courtois, et autre Adler, physiquement et intellectuellement des lâches, sont des va-t-en guerre et de boutefeux hors pairs... avec la peau des autres... )
L'ennui, donc, c'est qu'ils ne sauraient nier le génie du poète. Eux mêmes ils veulent bien entendre le glou-glou de la Seine sous le Pont Mirabeau mais ils ne goûtent pas le viril militarisme de Guillaume. Donc, pour sauver le meuble Apollinaire dans le bazar de la Culture, ils font intervenir l'inévitable psychologie des profondeurs: La Guerre comme rite de passage, permettant à Apollinaire de réaliser l'assomption de sa masculinité. La protestation virile, quoi! On dit la même chose pour Drieu. Et après?
Tenter de rétrécir Apollinaire à leur mesure. Genre Onfray avec Nietzsche: " Pas mal Nietzsche hein?...un type dans mon genre, hein? Ecrivait des bouquins aussi. Brillant. Iconoclaste. Mais quel macho! Ha Ha! non mais quel macho! hi hi!... Ah! ces époques antidéluviennes ou même les plus grands, les Niestzsche, les Freud, sont victimes de ce sot préjugé, le mépris des fâmes".... Après avoir rendu Nietzsche présentable, lui ayant consciencieusement ôté ses attributs mâles, l'immense philosophe de "france""culture" se doit de faire immédiatement suivre cette dégoûtante opération chirurgicale, par une longue apologie des Fââmes: tellement merveilleuses, courageuses, si si, et ignoblement tenues sous le harnais...(A tel point qu'on se demande comment une espèce si fougueusement supérieure a pu gémir pendant des millénaires dans les fers, les couvents, la cuisine et la chambre à coucher sans la moindre insurrection, révolte, sans l'ombre d'une Spartaquette à l'horizon. Qu'il fallut attendre 40 siècles pour qu'enfin Gisèle Hallimi parut.... Répondre à ça, en criaillant: "normal, l'histoire est écrite par les zooommes!!!!!)
Pour en revenir à Apollinaire, dans ce poème, Guerre, il nous dit: la Guerre est horrible! mais il ne faut pas pleurer: La vie est tragique!
Et seul le poète comprend, devine par delà l'horreur des phénomènes, le fracas des Schrapnell et l'anéantissement en masse des individus, la tragique beauté du Devenir qui se forge dans la boue et le sang. Sous les coups redoublés du Marteau de Thor faisant trembler la terre jusque dans ses fondations, alors qu'il peut lui même à tout instant, étincelle d'or dans la lumière cosmique, s'éparpiller dans le ciel rougeoyant, le poète sanglote de joie. De l'immarcescible joie métaphysique, devant l'éternelle vie, la grandeur dionysienne du Devenir, et son outil, la Violence, la grande accoucheuse de l'Histoire. Car la Violence historique est aimable. Ce n'est pas la femme enceinte qui est répugnante, mais la femme stérile.
Il fallait un autre poète, un poète mineur, comme votre serviteur, mais respirant encore, faiblement, dans les phéromones toxiques de notre enclos, pour ressentir sa déchirante beauté. Le poète est Voyant.
"Mais il s'est trompé!" ricane Monsieur Ben-Prud'homme. "Nous prendrons toutes les joies Des vainqueurs qui se délassent Femmes Jeux Usines Commerce.... " La Joie n'auréolera pas vos fronts de poètes et de prolétaires, et tous les bonheurs et les saveurs de la terre échurent en partage aux mêmes. Toujours aux mêmes. Les planqués, les financiers. Les profiteurs de guerre. Les usines et la terre vous les avez pas eues. Ni les femmes. D'autres font rouler leur bourgeon sous leurs pouces. Vous savez, n'est ce pas, de quelles Femmes nous parlons. Vous pouvez tout juste les regarder jouir sur vos écrans plats achetés à crédit dans leurs magasins.
Non, microbes, il avait raison! Les choses se sont passées ainsi qu'il les a pressenties. Le soc dur de la Violence attelée au cheval pâle de la Mort déchira les entrailles de la terre pour la moisson du sang des hommes, afin que naisse le terrible Siècle des Révolutions, afin que luise le soleil de Pâque de l'Homme Nouveau.
Il ne faut pas confondre l'intuition, géniale, le sens profond de ce qui viendra, et le pronostic historique. Les damnés de la terre partout, surgis des ténèbres des charniers, sont montés, pour prendre d''assaut le ciel! Pour s'emparer du miel de la Terre. Mais ils furent, finalement, Vaincus. Les raisons de ces défaites relèvent d'autres explications. Marx ne disait il pas lui même: j'ai semé des dents de dragon, j'ai récolté des puces. Et n'est ce pas le destin d'Apollinaire lui même, qui réchappe pendant 4 ans au grand carnage, et qui meurt après l'armistice en 1918, de la grippe espagnole!
Ce sont d'autres lois. Les griffes de fer du démiurge emprisonnant notre monde. Qui change l'or en plomb. La Deuxième Loi de la thermodynamique. Dans ce monde tout se délite. Tout se dégrade. Tout part à vau l'eau. L'Involution est sa loi. La laideur sa marque. La médiocrité sa substance. Il y a les lois du démiurge et celles du vrai Dieu. Le poète ne s'entretient qu'avec Lui. Celui dont Jésus a parlé. Avant qu'on démembre Sa parole, éparpillant Ses mots lumineux et clairs au vent noir de la confusion. Notre Père, incompréhensible et inconnaissable, au delà de l'Être au delà du néant, au delà de la vie et la mort, par delà notre EON maudit. Où règne le démiurge. Et sur la Terre, ses serviteurs, son peuple d'élection.
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