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Opinion: Bernard Dugué* |
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| Le starcissique Michael Jackson, emblème d’une médiocre décennie . |
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Le chanteur Michael Jackson est mort à l’âge de 50 ans des suites d’un arrêt cardiaques disent les dépêches. A Sydney, Séoul, Mexico et ailleurs, des chaînes de télévision ont modifié leur programme pour commenter cette nouvelle. Preuve s’il en est de la notoriété mondiale de la star. Les médias parlent d’une immense émotion. Ce petit édito est adressé à ceux qui n’ont guère apprécié cette pop star et l’époque de son triomphe.
Michael Jackson en quelques lignes. Plus grand vendeur de disque en tant qu’artiste solo, record de vente pour l’album Thriller. Devenu célèbre pour avoir fait des long clip avec une scénographie poussée et un scénario. Spécialiste du moonwalk, cette marche qui donne l’impression au public que le chanteur se déplace sur un tapis roulant. Michael Jackson était riche, célèbre, connus de plein de vedettes. Quand il est venu à Paris, on y a vu les mêmes pipoles qu’à Rolland Garros et même le tennisman Leconte qui a beaucoup aimé. Michael Jackson laisse une trace au moins équivalente à celle d’Elvis ou des Beatles dont il racheta le catalogue ; mais à cause de ses obsessions, névroses, opérations et autres délires hypocondriaque, il a mené une vie recluse, entouré de médecins, se gavant de médocs et a fini comme Elvis. Sa dépouille se trouve au centre médical Ronald Reagan. Tout un symbole puisque le règne triomphal de Jackson s’est joué entre 1982 avec l’album Thriller et 1991 avec l’album Dangerous. Reagan a gouverné de 1981 à 1989.
Bien que mondialement célèbre et adulé par ses fans, M. Jackson n’est qu’à la 25ème place du classement des chanteurs importants établi par la revue Rolling Stone. Tous les médias parlent d’une immense émotion. Michael Jackson représente pour les sévères critique la marque d’une piètre époque, loin de celle d’Elvis, des Beatles ou de Led Zep. Culte de l’argent, tape-à-l’œil, avènement de la très kitsch MTV diffusant des clips souvent mauvais à longueur de journée pour ados attardés se gavant de hamburgers devant la télé. Des clips souvent classy et flashant produits pour compenser la faiblesse musicale des interprètes, la médiocrité des compositions, et faire vendre les chansons à des millions d’exemplaires. Ainsi se sont déroulées les années 1980, avec également celle qui pleure son ami, une certaine Madonna, au talent surfait et à la notoriété usurpée. Les télés, après le succès de Dallas, diffusaient Dynasty. Les chanteurs étaient mal habillés. Il n’y avait plus d’élan politique. Juste le redressement et le retour à l’ordre orchestré par Reagan. On comprend que Michael Jackson servit de météore pour redorer le blason d’une Amérique qu’on disait sur le déclin après la guerre du Viêt-Nam.
Si certains trouvent un génie à Michael Jackson, d’autres peuvent le trouver quelconque, certes, un bon chanteur, un bon danseur sur les planches mais en vérité, peu de contenue, de génie musical, tout reposant sur une industrie du disque et du spectacle. Esbroufe, imposture et surtout, le culte du moi, de la personnalité, un culte narcissique si bien décrit par Lasch en 1979. Si l’on veut recadrer sociologiquement Michael Jackson dans son époque, il suffit de lire ce livre, comme on lira Mystery train de Greil Marcus pour capter l’étrange voyage entamé par les successeurs de Kerouac à l’époque d’Elvis. Le rock n’roll a entraîné les jeunes dans une ère de sensualité et de libération des corps. Dylan a libéré les esprits ensuite. Michael Jackson n’a rien libéré. Il s’est simplement lancé dans des affaires, pratiquant le culte de la personnalité, devenant presque psychotique, livrant à une génération le sens d’une esthétique qui se décline dans le miroir, une esthétique vide d’esprit. Comme l’a si bien établi Lasch, la spiritualité transcendante d’antan fut substitué par une démarche spirituelle frelatée se jouant entre médecin affrétés et substances médicamenteuses. Lennon et ses acolytes firent le voyage vers l’Orient, en quête de maîtres spirituels. Jackson, ce fut les thérapeutes. La quête du nirvana et des lumières soufies ou les jeux du panthéon indien ont été remplacées par la peur de vieillir, le souci de la beauté, de l’apparence. N’est-ce point la marque de fabrique du mythe incarné par le plus jeune des frères Jackson ? Poursuivons le livre de Lasch. Mal de cette décennie, le théâtralisme. Les individus vivent dans un jeu de miroir et cherchent à se rassurer sur leur pouvoir de captiver et d’impressionner les autres qui sont instrumentalisés au service du Moi qui a envahi la politique et le spectacle. Tout est mesuré, contrôlé, millimétré, zéro défaut, il faut gommer toutes les imperfections dans son image, sa posture, sa tenue. Ce fut aussi l’époque du manager et en bonne homme d’affaire, Jackson avait y faire pour acheter des fonds de catalogue et définitivement ancrer la musique dans l’ère de la marchandisation et du profit.
Conclusion du mécréant que je suis. Nous devons à Michael Jackson, indirectement, la loi Hadopi mais aussi notre vedette hyper narcissique, soucieuse de son image, ses shows, vivant un peu en ermite à l’écart, une certaine Mylène Farmer. ________________ *http://fulcanelli.vox.com/
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