On s’émousse, on se lasse. A force de voir nos prétendus représentants se jouer des frontières de la décence et afficher leur mépris des règles éthiques, ce sont nos propres limites qui s’en trouvent repoussées. Et nous serons bientôt - si rien ne se passe - à l’image des Italiens, si habitués aux turpitudes de leur président qu’ils ne savent même plus ce que morale veut dire.
Il est un satrape - élu, puisque tout le sel de la démocratie est de permettre à ceux qu’on dit citoyen de choisir leurs despotes - qui a fait main basse sur une ville de la proche banlieue parisienne.
Et il prend ses aises en sa municipalité, tel un porcin en son auge.
Il en boulotte les meilleurs morceaux, fouillant du groin un peu partout pour ne rien rater - pas une miette ! - du festin de six ans que lui ont offert les électeurs.
Il use des moyens de sa commune comme des siens propres, méchante habitude prise dans les années 90, celle de considérer "sa" ville comme un royaume personnel, une féodalité qu’un vulgaire parvenu de son acabit peut régenter à sa guise.
Il foule aux pieds, avec une morgue indescriptible, les règles qui lui ont permis de se prétendre dépositaire d’intérêts collectifs, se moquant des us démocratiques et ne laissant pas parole à d’autres que ceux de son camp, manipulant les principes, violant les usages et se comportant, vis-à-vis du droit en général, comme un seigneur du Moyen-Âge face à une fille d’auberge, pauvre femme juste bonne à être renversée sur un table pour être prise sauvagement avant que d’être abandonnée exsangue.
Il reproduit, sans le moindre scrupule, les faits-mêmes qui lui ont valu d’être condamné, par le passé, à deux ans d’inéligibilité, quinze mois de prison avec sursis et 200 000 francs d’amende, sûr de pouvoir croquer et croquer encore dans ce plantureux gâteau chaque jour servi en son bureau, puisque son « meilleur ami » a mis le pays en coupe réglée, fait taire la justice et restauré le régime aristocratique.
Il fait tout cela en souriant, sûr de sa force, de sa puissance, de ses appuis et de la crétinerie aigüe de ceux qu’un vieil et imbécile usage nomme "concitoyens" afin de mieux dissimuler ce qu’ils ont de pathétiques soumis et d’imbéciles asservis.
Bref, il triomphe, littéralement.
Se goberge - même pas jusqu’à plus soif, tant son appétit sera aussi inextinguible que le peu d’empressement des autorités à mettre fin à ses vils agissements.
Et engloutit avidement chacun des morceaux de choix qu’il a arraché au peuple - ce n’en est que meilleur quand flotte sur chaque bouchée le parfum de l’imoralité.
Et ?
Rien.
Car voilà : ces choses là ont déjà été dites cent fois.
Redites mille fois.
Et tant et tant matraquées - à juste titre - qu’elles ne portent plus guère.
Comme si, à force, les accusations perdaient de leur puissance, l’indignation de sa hargne, le scandale de sa vigueur.
L’indécence devient la norme, comme rentrée dans les usages.
Et cet étonnant glissement - perte de sens, par la simple force de l’habitude, de l’éthique politique qu’est en droit d’exiger de ses dirigeants chacun des habitants de ce pays - n’est pas seulement fruit d’une quelconque impunité judiciaire, non plus que le seul fait de l’atmosphère de déliquescence morale instituée par les nouveaux gouvernants, ces affairistes sans scrupules, hommes de pouvoir dévoyés et autres opportunistes de bas-étage.
Non : juste, on s’y fait.
Et Balkany le sait.
Elle est peut-être là, notre défaite, celle qui est annoncée partout, presque déjà entérinée.
Ni dans un quelconque scrutin électoral - aux européennes il y a quelques semaines, à la présidentielle de 2012 ou quand il te plaira.
Ni dans une incapacité à imposer - par les manifs et par la rue - un autre rapport de force que celui fixé par les grands pontes du parti majoritaire, efficacement secondés par des syndicats conciliants et par une opposition sociale-démocrate lamentable.
Non, elle est dans cette trahison régulière, quotidienne et permanente des seules valeurs partagées des habitants de ce pays comme des seuls principes censés transcender les couleurs politiques.
Si régulière, quotidienne et permanente, depuis la commune de Levallois-Perret jusqu’aux plus hautes sphères de l’État, qu’elle efface l’indignation.
Gomme les frontières de ce qu’il te plaira de nommer - au choix - éthique, morale, honnêteté ou intégrité.
Et pousse la population à accepter ce qu’elle aurait rejeté, avec violence parfois, quelques mois ou années plus tôt.
Nous nous corrompons par la seule force de l’habitude.
Et nous suivons, en cet étrange domaine, l’incroyable exemple italien.
Transalpins dont on peut supposer qu’ils ne sont pas naturellement infâmes (pas plus que nous, je veux dire).
Et qui pourtant acceptent - avec une persévérance qui force l’admiration - de voir sans cesse repoussées les extensibles frontières de la décence.
Jusqu’à tolérer que leur président ne soit plus connu que pour ses borborygmes racistes, son malhonnête affairisme, ses tarifés rapports sexuels et les parties fines organisées régulièrement en ces palais financés en bonne part grâce à l’argent de ses électeurs.
Leur patience n’a pas de limite.
Et la nôtre commence seulement à déployer ses ailes.
Bientôt, nous serons - tout autant qu’eux - habitués, lessivés, usés et lassés.
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Balkany en son conseil:
http://www.rue89.com/2009/06/30/balkany-salut-rue89-vous-etes-toujours-les-meilleurs_________________________________________________
Les Balkany, meilleurs vieux complices du gauleiter Sarkozy:
Il est des amis parfois encombrants. Les Balkany qui revendiquent leur proximité avec Nicolas Sarkozy sont de cela. Leur couple est à la politique et à Levallois-Perret ce que sont les Thénardier aux misérables. Patrick est député-Maire, Isabelle première adjointe est également vice présidente du Conseil Général des Hauts-de-Seine. Le feuilleton qui se déroule à proximité de la capitale a peu à voir avec le série des don Camillo même, à front renversé. Du folklore certes. Mais surtout, des dérives financières et démocratiques. Le conseil municipal qui s’est tenu lundi 29 juin pendant huit heures atteste, dans sa forme et dans son fond, d’un système dont les tenanciers se sentent intouchables.
Ambiance assurée. L’ordre du jour du conseil municipal du 29 juin était alléchant. Comme la loi l’exige, le maire devait rendre compte des observations accablantes de la cour régionale des comptes sur sa gestion. Pas de quoi effrayer Patrick Balkany. Histoire d’étouffer l’opposition municipale et de décourager journalistes et curieux venus au spectacle, le conseil a été sciemment rendu interminable. Commencé à 19 heures il a pris fin à 3h45 du matin. 8 heures et 45 minutes de radio crochet sauce Balkany. La vidéo de Rue 89 (ci-dessous) atteste des capacités et de la finesse du député-maire dans son rôle d’animateur.
Un rapport accablant sur la gestion d’une collectivité n’est malheureusement en rien exceptionnel. La réaction de l’intéressé et de son épouse constitue toutefois cependant en l’espèce une véritable provocation. En 1999, Patrick Balkany s’était vu condamné par la CRC d’Ile-de-France à rembourser à la ville de Levallois-Perret le montant des salaires des employés municipaux (523 897 euros) pour avoir employé, pendant plusieurs années, trois agents municipaux à son usage personnel. Une décision qui faisait suite à une condamnation de 1996 du tribunal correctionnel de Nanterre, à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité.
Si on décrit fréquemment Isabelle Balkany comme une madame Sans-Gêne , son époux n’a rien à lui envier. Il s’est auto-décerné le titre d’homme le plus honnête de la terre en dépit de ses condamnations et de ses frasques notamment, une plainte restée sans suite en 1997 d’une maîtresse pour fellation sous la menace d’un 357 Magnum…
Ami de trente ans de Nicolas Sarkozy, les époux Balkany sont choyés par l’Elysée. Officiellement comme parlementaire membre de la commission des affaires étrangères, monsieur est présent dans la plupart des voyages officiels. Une présence ambiguë qui a contraint Claude Guéant à faire une mise au point officielle : “En Afrique, M. Balkany n’est pas l’émissaire du président. ” Madame, elle, aura surtout été la grande amie, la confidente de l’ex première dame de France, Cécilia. En janvier 2008 elle a reçu des mains du Président la légion d’honneur.
Si la présence des Balkany va jusqu’à déranger l’entourage du Président, celui-ci ne manifeste aucun agacement. Les liens entre les deux hommes sont forts. Leurs pères, tous deux Hongrois, se connaissaient déjà. Témoignage de l’amitié qui unit les deux hommes, un petit vide-poche en métal argenté, sans valeur, trône fièrement dans le bureau du maire de Levallois. Offert par Nicolas Sarkozy il y a quelques années, on peut y lire : “Du maire au maire, du Hongrois au Hongrois, de l’ami à l’ami.”
Nicolas doit à Patrick de lui avoir mis le pied à l’étrier en 1983. A la suite de la disparition brutale du maire de Neuilly en place, c’est Patrick qui a aidé Nicolas à doubler Charles Pasqua, hospitalisé, à se faire élire maire par le conseil municipal. Depuis les intérêts des deux hommes sont entremêlés au point d’offrir aux Balkany un sentiment d’impunité qu’ils ne manquent pas d’exhiber.
Henry Moreigne (
http://lamouette.blog.lemonde.fr/)