|
|
 |
| Les Zandicapés |
 |
|
A la radio j'écoute la porte-parole d'une assoce de handicapés, qui me porte sur les nerfs. Elle décrit l'existence d'un infirme à Paris et plus généralement dans les agglomérations en France, comme un chemin de croix parsemé de traquenards et de chausse-trapes aggravé par un ahurissant manque d'égard de la part du reste de la population en état de marche et en service.
Personne de sain d'esprit ne saurait s'en prendre aux invalides, aux grabataires à roulettes, aux estropiés en tout genre, et d'une manière générale à tous ceux que la vie a frappé. Pourtant il semble que ces assoces, une fois encore, à l'instar de celles des sodomites, gougnottes et autres trans-bi-gays, risquent de nous faire prendre en grippe tous leurs malheureux impétrants. Quand je dis nous, je veux dire la parti mâle de la population, et dans cette subdivision, la fraction infime qui en juge encore d'après les anciens critères universellement pertinents, préférablement à la moraline contempourienne. Et, par dessus tout, qui en jugent d'après ce qu'ils observent dans le monde réel, plutôt qu'avec ce à quoi l'on est obligé de croire dans le monde légal.
Exemple : dans la capitale il n'y a plus aucune place pour se garer. Sur 100 places de stationnement, 38 sont réservées aux livraisons, (de pizzas pourries, de haschich ou de viandes cachères), 10 aux convoyeurs de fonds et 47 sont exclusivement destinées aux handicapées. On croirait Merde-sur-Seine une ville majoritairement peuplée d'aveugles et de paralytiques. L'autre jour descendant de sa Porsche Cayman S, un aveugle devisait aimablement avec un cul-de-jatte qui venait de ranger sa Handi-Drive électrique, assis sur son siège Carony pivotant, avec embase. -"Alors ça marche ? - Comme vous voyez. "
Notre Dame de Paris ayant rétréci les voies publiques (à mesure qu'il élargit les siennes, sans doute), à un point tel, que là où jadis existaient 4 artères, il n'en reste désormais qu'une, ô si mince que les roues frôlent de part et d'autres les murettes de séparation, dans la capitale on ne peut plus rouler, et on ne peut plus, non plus, s'arrêter. Que faire ? Stagner. Tout en nous distrayant à regarder la pègre immigrée des taxis, hilare, filer à 180km/h sur sa voie privée, cependant que les vélibocipédistes sifflotent sur la leur, large de 5 m et toute rutilante de panonceaux vert-fluorescents et équitables. On regrette alors de ne pas avoir eu le cran de risquer sa vie dans un bus, que l'on regarde avec nostalgie, gorgé de pithécanthropus robustus et d'horribilis prognathus patibulaires, accomplir gracieusement ses sauts de puce d'arrêts en arrêts.
Essayez seulement d'aller à la cinémathèque de Bercy, pour voir le dernier Lanzmann sur la Shoah. De loin, vous vous réjouirez à la vue des places vacantes, comme devant les images tant attendues des râteliers de déportés spoliés par les nazis de leurs dents d'or. Hélas ! bientôt il vous faudra déchanter : tout ça n'était qu'un mirage lointain, vu de près il n'y a que des places "Pompiers", à croire que Bercy est un camp d'entraînement de pyromanes, cependant que les 43 places payantes qui restent sont inoccupées parce que toutes exclusivement réservées aux handicapés. Bien sur, de guerre lasse, vous pourrez toujours décider de vous y garer et de sortir de votre véhicule en claudicant comme Vulcain. Ne vous y trompez surtout pas : tapies dans l'ombre, d'autres handicapées, mongoliennes, veillent. De pimpantes fliquettes toutes cliquetantes de menottes, de sifflets, de lampes torches tactiques, d'anti-exposifs, de pulverisateurs de gaz et de magnum 357, attendent que vous soyiez confortablement installé sur votre strapontin de la salle Henri Langlois comble, pour bondir et vous foutre en travers le pare-brise une prune de 350 euros, assortie à un charmant "enlèvement demandé" tout rose. Et pour peu que le film dure un peu, et Dieu sait que Shoah ça dure, ça dure, vous aurez le privilège, par l'entremise de votre petit véhicule, Hînayāna, d'aller grossir les rangs des heureux élus dans les fourrières de monsieur Roger Hanin.
|