Marine Le Pen aurait-elle fait volte-face ? Jusqu'à présent fermement arc-boutée sur sa volonté affichée de vouloir sortir la France de « l'expérience désastreuse de l'euro », la candidate du Front national à l'élection présidentielle semble depuis avoir fait machine arrière. Alors que le retrait de l'union monétaire européenne (UME) et le retour au franc - arguments déjà chers à Jean-Marie Le Pen lors des campagnes de 2002 et 2007 - figuraient en bonnes places dans son programme économique, chiffré et présenté le 12 janvier dernier devant un parterre de journalistes (voir la vidéo), ils sont passés au second rang dans son projet diffusé depuis quelques jours par les militants et disponible sur le site internet du parti.
Dans une brochure de 16 pages sobrement intitulée « Mon projet pour la France et les Français », Marine le Pen explique en effet vouloir transformer l'euro, après négociations, en une « monnaie commune, coexistant avec le franc ». Une disposition qui doit permettre « d’oxygéner notre économie et de retrouver la voie de la prospérité », mais qui est désormais conditionnée - et c'est une première - au résultat du référendum que la candidate du Front national compte proposer aux Français à ce sujet après son élection. Dans sa profession de foi, la chef de file frontiste n'évoque même plus directement la sortie de l'euro, se limitant à user de la rhétorique habituelle de sa formation politique en promettant le retour de la « souveraineté nationale » (mais elle a voté pour le grand marché transatlantique) et la fin de la « dictature des marchés financiers ».
Les Français pour le maintien dans l'euro
Décidée il y a encore quelques mois à imposer aux Français la sortie de l'euro (qui impliquerait obligatoirement de sortir de l'UE, art.50, ce qu'elle n'a jamais dit à ses électeurs), Marine Le Pen semble donc avoir changé son fusil d'épaule, cédant ainsi aux sirènes du référendum soudainement redevenu à la mode et prôné par plusieurs candidats dont Nicolas Sarkozy, François Bayrou ou encore Jean-Luc Mélenchon. La candidate du FN veut donner le choix au peuple... qui est majoritairement opposé à un retour au franc. Selon un sondage Harris Interactive pour M6-MSN Actualités-RTL publié le 13 février dernier, 81% des personnes interrogées se disent favorables à ce que la France reste dans l'euro. Le résultat de la consultation nationale proposée par Marine Le Pen a donc de grandes chances de ne pas aller dans son sens. Le désaveu risquerait d'être brutal pour la nouvelle présidente de la République, quelques semaines à peine après son entrée hypothétique à l'Élysée.
Faire marcher la planche à billets
« La fin de l’expérience désastreuse de l’euro permettra de mettre fin aux coûteux plans de renflouement à répétition des pays victimes de l’euro tout en stimulant une économie étouffée depuis 10 ans par la monnaie unique, la monnaie des banques », avait déclaré Marine Le Pen lors de la présentation particulièrement médiatisée de son programme chiffré. Une mesure choc dont le coût est estimé à 108 milliards d'euros (sous la forme d'une surcharge de la dette, sur une durée de sept ans) par les conseillers économiques de la leader frontiste, Jean-Richard Sulzer et Thibault de la Tocnaye en tête. Il était également prévu que ce « nouveau » franc soit déprécié de 9,4%, là où la plupart des économistes s'accordent à dire qu'il le serait plutôt à hauteur de 20 à 40% selon les analystes (ce qui augmenterait encore le poids de la dette française).
En retour, la candidate du FN prévoyait de faire marcher la planche à billets et d'emprunter auprès de la Banque de France à taux zéro. Elle envisageait ainsi de dégager chaque année l'équivalent d'au moins 100 milliards d'euros, dont 90 seraient consacrés à la résorption de la dette et le reste à la relance de l'économie et de la croissance. Soit près du tiers de l'ensemble des gains (280,7 milliards d'euros) qu'elle espère effectuer en cinq ans.
Le financement du programme du parti d'extrême droite repose donc en grande partie sur la sortie de l'euro, négociée avec les partenaires européens. Mais ce qui était présentée comme une évidence en cas de victoire du FN le 6 mai prochain ne semble désormais plus faire figure de priorité.
LE GRAND MARCHE TRANSATLANTIQUE:
Jean-Luc Mélenchon: "Le futur grand marché... par politistutionMARINE LE PEN ET BRUNO GOLLNISCH ONT VOTE POUR! La messe est dite. Ils mentent à leurs électeurs, une nouvelle fois.