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26/08/08 :: 17:53
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La Russie ne tolérera pas longtemps les gesticulations imbéciles de l'Europe bruxelloise (américaine). Elle pourrait couper le gaz, juste pour voir...Rappel technique.
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Le 1er janvier 2006, la Russie, via l’entreprise publique Gazprom, interrompait ses livraisons de gaz à l’Ukraine, après l’échec des discussions portant sur les tarifs gaziers et le stockage de réserves gazières dans le sous-sol ukrainien. Cette décision signifiait l’arrêt des livraisons de plus de 75% du gaz russe exporté vers l’Union européenne (UE) qui transite par le territoire ukrainien. Courant décembre 2006, la Russie annonçait qu’elle interromprait ses livraisons de gaz à la Biélorussie au 1er janvier 2007 si un accord sur les tarifs n’intervenait pas avant cette date. L’accord fut finalement signé le 31 décembre… à 23h58 ! Ce qui permit à Gazprom de doubler les prix de ses livraisons à la Biélorussie et d’acquérir 50% des parts de l’entreprise biélorusse Beltransgaz qui contrôle l’acheminement, via le territoire de la Biélorussie, de près du quart du gaz exporté par la Russie vers l’UE par le gazoduc Yamal-Europe. Le 6 janvier 2007, le flux de pétrole brut dans l’oléoduc Droujba, transitant par la Biélorussie, était interrompu plusieurs heures, touchant l’Allemagne, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie. Les autorités russes et biélorusses se rejetaient mutuellement la responsabilité de l’interruption, dans un contexte de vives tensions entre les deux pays sur les questions énergétiques.


Ces événements ont sonné comme autant d’avertissements pour les responsables de l’UE qui ont feint de découvrir à quel point les décisions de l’imprévisible voisin russe concernant les livraisons d’énergie pouvaient rapidement se muer en moyens de pression. De leur côté, les autorités russes ont pu vérifier qu’elles disposaient d’un moyen, certes sommaire, mais efficace, de faire taire momentanément les critiques dont elles sont régulièrement l’objet de la part de l’UE à propos de leur interprétation de la démocratie et de l’économie de marché.


Jusqu’à quel point ces craintes et ces postures sont-elles justifiées ? Quel est le degré réel de dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie ? Quelle est la marge de manœuvre et l’ampleur des moyens de pression dont dispose la Russie vis-à-vis de l’UE ?


L’évolution des relations énergétiques UE - Russie


Les premières fournitures d’hydrocarbures soviétiques à l’Europe occidentale datent de 1968. Il s’agissait alors de livrer du gaz, en quantités limitées, à l’entreprise autrichienne OMV. Développées par l’accord germano-soviétique de février 1970 échangeant du gaz russe contre des tuyaux allemands (Nies, 2007) puis étendues à la faveur des chocs pétroliers des années 1973 et 1979, les livraisons énergétiques de l’Union Soviétique aux pays d’Europe occidentale ont poursuivi leur croissance dans le courant des années 1980 dans la mesure où elles correspondaient à l’intérêt bien compris des deux parties. Pour la Communauté européenne, il s'agissait de bénéficier d’une source d’approvisionnement alternative aux fournitures des pays de l’OPEP, dont la logique de cartel faisait peser une menace permanente sur les quantités et les prix. Pour l’Union Soviétique, l’objectif était de bénéficier d’une source stable de devises étrangères susceptibles de satisfaire ses besoins croissants d'importations occidentales.


Durant les années 1990, le démantèlement de l’Union soviétique et les difficultés économiques de la Russie l’ont conduite à intensifier ses exportations énergétiques vers l’Europe occidentale. La proximité géographique, le pouvoir d’achat et les besoins de l’UE en faisaient le partenaire privilégié du secteur énergétique russe dès lors que les antagonismes de la guerre froide s’estompaient. Au début des années 2000, à l’initiative de Romano Prodi, alors président de la Commission européenne, les premiers accords énergétiques de long terme ont été conclus entre l’UE et la Russie. Le sommet de Paris (30 octobre 2000) a en effet permis de concrétiser le dialogue Russo-Européen par un partenariat énergétique épousant les objectifs stratégiques des deux parties. Le "Plan Prodi" postulait que les risques d’instabilité affectant les zones productrices d’hydrocarbures au Moyen Orient devaient conduire l’UE à réorienter ses approvisionnements vers la Russie. L’objectif était de doubler les volumes importés pour atteindre à terme 40% de la consommation énergétique européenne. Ce partenariat intéressait également la Russie dans la mesure où celle-ci avait besoin des technologies et des capitaux nécessaires pour entretenir, moderniser et développer les infrastructures de prospection, d’exploitation et de distribution d’hydrocarbures tombées en partie en déshérence dans la décennie précédente.


Depuis, l’élargissement de l'Union à dix pays d’Europe centrale et orientale a mécaniquement conforté la prédominance de la Russie dans les livraisons d’hydrocarbures à l’UE.


La situation énergétique des nouveaux membres de l’UE


Les pays d’Europe centrale et orientale qui ont intégré l’UE en 2004 et en 2007 dépendent toujours des systèmes d’approvisionnement hérités de la période soviétique.


- Gaz : l’URSS a commencé à exporter du gaz au milieu des années 1940 en direction de la Pologne. Par la suite, un deuxième gazoduc a été construit en 1967 à destination de la Tchécoslovaquie. Actuellement les principaux clients d’Europe centrale pour le gaz russe sont la Hongrie, suivie de la République slovaque, la République tchèque et la Pologne. Ces quatre pays absorbent près des trois quarts des exportations de Gazprom vers l’Europe centrale.


- Pétrole : depuis l’accord du 18 décembre 1959 signé par l’URSS, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la République Démocratique d’Allemagne, alors membres du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM), le pétrole est acheminé par le système d’oléoducs Droujba. L'oléoduc Droujba-1, long de 6 000 kilomètres, pour 1020 millimètres de diamètre, est le plus important au monde. Mis en service en 1964, il relie le complexe de Samara à l’Europe centrale via la Biélorussie (raffinerie de Mozyr) où il se divise en deux branches : la branche septentrionale passe par la Pologne (raffinerie de Plotzk) et aboutit en Allemagne de l’Est (raffinerie de Schwedt) ; la branche méridionale traverse successivement l’Ukraine, la République tchèque, la Slovaquie et aboutit en Hongrie. À partir de 1974, un système de tuyaux baptisé Droujba-2, avec des tubes de 1220 millimètres de diamètre, a permis de doubler les capacités d'exportation soviétiques. Autour de cette épine dorsale, le réseau d’oléoducs et de gazoducs secondaires développé dans la région innerve l’ensemble des pays de la région.


Durant les années 1990, les pays d’Europe centrale et orientale ont déployé peu d'efforts pour diversifier leurs approvisionnements, leur priorité dans ce domaine ayant été de maintenir les liens existants. Le résultat est une dépendance envers l’approvisionnement russe qui oscille, suivant les pays, entre 80 et 100% des besoins énergétiques.


Au cours des années 2000, l’évolution du prix des hydrocarbures a fondamentalement changé les données du problème : entre début 1999 et fin 2007, les cours mondiaux du baril de pétrole brut ont été multipliés par près de dix en dollars courants. Pour la Russie, cela s’est traduit par une augmentation sans précédent des rentrées en devises, soit une manne providentielle pour les nouvelles autorités. Elle leur a permis de financer le retour de l’État russe comme acteur de premier plan sur la scène énergétique nationale et internationale. Cette hausse s’est traduite par une ponction accrue sur le PIB de l'UE et par une menace renforcée sur sa dépendance économique extérieure globale à long terme, dans la perspective de l'épuisement des gisements exploités par les pays membres en mer du Nord.


La Russie occupe le deuxième rang mondial des pays producteurs de pétrole, le huitième rang pour les réserves (60 milliards de barils de réserves prouvées, de source occidentale). Elle détient la première place pour la production et les réserves de gaz (27% des réserves totales de la planète, 17% étant détenus par la seule entreprise Gazprom). Elle est, de loin, le principal fournisseur de ressources énergétiques de l’UE : en 2005, elle comptait pour 34% de la valeur des importations de gaz de l’UE et 30% pour le pétrole.


À la faveur de l’envolée des cours du pétrole des années 2000, les acteurs du secteur énergétique russe sont progressivement montés en puissance sur les marchés mondiaux. Désormais, Gazprom est la première entreprise gazière au monde, Lukoil la sixième entreprise pétrolière par la production, deuxième par les réserves. Dans le même temps, la puissance publique a recouvré une partie de son influence passée sur le secteur. Les changements intervenus en Russie ont ainsi participé à un phénomène observé plus généralement dans le monde énergétique : l’élargissement de la fracture entre les National Oil Companies (NOC) et les International Oil Companies (IOC), soit les entreprises énergétiques nationales publiques et les entreprises énergétiques multinationales privées. Aux premières revient désormais la majorité des réserves énergétiques mondiales et/ou le contrôle des capacités de transport à partir des gisements ; aux deuxièmes, qui risquent d’être progressivement privées d’accès aux situations de rente, le devoir de développer les technologies de prospection, d’extraction et de transport du futur, pour conserver la capacité de nouer des partenariats d’exploitation avec les premières. En Russie, Gazprom, Rosneft et Transneft sont des exemples de NOC. Mais Lukoil et feu l’entreprise Yukos, démantelée en 2004 par le gouvernement russe, sont deux entreprises aux caractéristiques davantage proches des IOC.


À partir de leurs positions dominantes sur les marchés nationaux, les NOC russes tentent de descendre en aval de la filière pour prendre position dans les circuits de distribution en Europe occidentale, qui demeurent, de loin, les plus profitables. Les tentatives de Gazprom ou Transneft pour prendre des participations dans des sociétés de distribution énergétique ouest-européennes se sont jusqu’ici soldées par des échecs au moins partiels, nourrissant l’amère ironie des autorités russes à l’égard du cadre libéral de la Charte de l’énergie adoptée par la Commission. On peut s’attendre à l’avenir à ce que ce type de pression, venant de Russie ou d’autres pays émergents, s’intensifie. Les autorités européennes auront à l'avenir de plus en plus de difficultés pour s’opposer à l’entrée des géants russes dans les sociétés gazières ou pétrolières, pour la plupart privatisées, de l’Union.


Certaines décisions prises par la France, l’Allemagne ou l’Italie constituent autant d’exemples de politiques énergétiques nationales s’accommodant de contradictions temporaires avec l’intérêt collectif de l’Union. Ainsi en est-il du projet germano-russe de gazoduc nord-européen (gazoduc de la Baltique ou Nord Stream) décidé par l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder et le Président russe Vladimir Poutine en 2005. Le Consortium établi pour gérer le projet, Nord Stream AG, est détenu à 51% par Gazprom, assurant ainsi pour la première fois à la Russie un accès direct au marché de l'UE, sans passer par un territoire indépendant de la Russie. Les réactions des pays d’Europe centrale et orientale de l’UE ont été presque unanimement négatives, mettant en évidence la fragilité des bases d’un accord européen éventuel sur une stratégie énergétique commune.


Les options stratégiques utilisées par la Russie


Les manœuvres récentes indiquent que les autorités russes se sont concentrées sur quatre priorités : développer les voies d’exportation directes aux marchés occidentaux (via la mer Baltique, la mer Noire, la mer du Japon) ; sécuriser les voies terrestres traditionnelles (notamment en Europe centrale et orientale) ;
assurer la position dominante de la Russie comme transitaire des ressources d’Asie centrale vers l’Europe ;
explorer les possibilités offertes par le développement de nouvelles relations énergétiques (Asie, Moyen Orient, Afrique).


La voie de la Baltique


C’est dans cette perpective qu’il convient d’analyser la montée en puissance du terminal pétrolier de Primorsk, sur la mer Baltique. Partie intégrante du Baltic Pipeline System (BPS) depuis 2001, il permet d’accéder aux marchés européens directement par voie maritime. Sa capacité est en cours de développement avec la construction d’un deuxième tube en provenance du "hub" de Iaroslavl et avec les projets de développement de nouvelles installations portuaires sur la Baltique (Saint Pétersbourg, baie de Batarejnaya, Vyborg, Porvoo, Butinge). En quelques années, les installations portuaires de Primorsk et de sa région sont devenues l’une des deux voies majeures d’évacuation du pétrole russe, acheminant 30% des quantités exportées, à égalité avec l’oléoduc Droujba. Leur mise en exploitation s’est substituée, dans une certaine mesure, à d’autres voies moins bien contrôlées et générant des frais de transit. Par exemple le volume des exportations transitant par les terminaux de Ventspils, en Lettonie, a diminué de 30%.


La voie de la Baltique est aussi empruntée pour développer les exportations gazières. Le gazoduc Nord Stream, déjà mentionné, est le principal projet d’infrastructure utilisant cette voie. Il permettra de relier le gisement de Chtokman, non loin de la mer de Barents, à l’Allemagne sur un trajet de 3 200 km. D’une capacité de 27,5 milliards de m³, il devrait être achevé à l’horizon 2010 pour un coût variant entre 5 et 10 milliards de dollars suivant les sources.


La voie méridionale : mer Noire, Méditerranée et Turquie


Le terminal portuaire de Novorossisk est le pendant méridional à celui de Primorsk : par cet équipement transitent 24% des exportations de pétrole de la Russie à destination des pays d’Europe méridionale. Pour accroître et diversifier les capacités d’exportation vers cette région et au-delà, des projets de création d’oléoducs ou d’extension d’oléoducs existants sont développés : une route Constantsa – Trieste (sur 1 000 km, Roumanie – Serbie – Croatie – Italie), une route Bourgas – Alexandroupolis (sur 300 km, Bulgarie – Grèce), une route Bourgas – Vlorë (Bulgarie – Macédoine – Albanie), toutes trois destinées à s’affranchir de la contrainte imposée par le passage du Bosphore. Leur mise en exploitation interviendra dans un délai variant entre 1 et 3 ans.


Nous l'avons vu en introduction, l’essentiel des livraisons de gaz russe à l’UE passe par les deux branches du gazoduc Yamal-Europe, l’une via le territoire de la Biélorussie (25%), l’autre par l’Ukraine (75%). Le principal équipement méridional alternatif mis en service à ce jour est le gazoduc Blue Stream, inauguré en novembre 2005 et acheminant du gaz de Russie et d’Asie centrale depuis le terminal de Tuapse, sur la mer Noire à celui de Samsun, en Turquie. Les volumes de livraison prévus sont de 10 milliards de m³ pour 2007, 16 milliards de m³ pour 2010, et des projets de doublement des capacités de ce couloir sont à l’étude. Dans le même temps, la Turquie multiplie les accords de développement d’infrastructures gazières avec les pays d’Europe méridionale, s’imposant comme une plate-forme stratégique d’acheminement du gaz d’Asie centrale et de Sibérie à destination de l’Europe. Le soin pris par la Russie à conforter ses relations énergétiques avec la Turquie doit être mis en relation avec cette nouvelle position.


Les voies européennes traditionnelles


Les voies terrestres traditionnelles passant par l’Ukraine et la Biélorussie restent essentielles à l’exportation des hydrocarbures de la Russie vers l’Europe occidentale. Le système d’oléoducs Droujba achemine ainsi près d’un tiers des flux de pétrole, le système de gazoducs Yamal-Europe la presque totalité des flux de gaz. La Russie n’a pourtant pas hésité à faire pression sur les anciens satellites soviétiques par le jeu de l’augmentation des prix, nous l'avons vu en introduction. Dans un rapport de forces qui lui est favorable, elle justifie le doublement des prix du gaz à ses anciens protégés par le recours aux logiques du marché et elle n’hésite pas à montrer sa capacité de réaction par la suspension de ses livraisons en réponse à toute velléité d’indépendance. Les voies baltiques et méridionales ont été développées pour mettre la Russie à l’abri des mesures de rétorsion des pays de transit, mais aussi pour éviter les effets désastreux d’une suspension des livraisons aux pays européens.


Un autre moyen pour limiter la dépendance de la Russie à l’égard des autorités des pays de transit (en particulier la Biélorussie, les Pays baltes et l’Ukraine) consiste à prendre directement le contrôle des infrastructures sur le sol étranger par le biais des entreprises nationales. Ce fut le cas lors du dénouement de la crise de l’hiver 2006-2007 : elle a permis à Gazprom d’acquérir la majorité absolue dans l’entreprise Beltransgaz qui contrôle les infrastructures gazières sur le territoire biélorusse. Gazprom détient également 50% (moins une voix) des parts dans Wingas (société germano - russe) contrôlant 2 000 kilomètres de gazoducs sur territoire allemand et le plus grand réservoir de gaz d’Europe. Sans compter des participations dans les gaziers estonien (Eesti Gas), letton (Latvijas Gas) et lituanien (Lietuvos Dujos).


Dans le domaine pétrolier, les réseaux hérités de l’Union soviétique et situés en Asie centrale (Kazakhstan, par exemple) sont contrôlés par Transneft. En Europe, le monopole public russe est à l’initiative du projet d’intégration de l’oléoduc Droujba-Adria permettant d’inverser les flux transitant par la partie du tuyau située sur le territoire croate. Cette opération permettra d’utiliser le port en eaux profondes d’Omisalj, sur l’Adriatique, pour évacuer annuellement jusqu’à 5 millions de tonnes de pétrole en provenance de Russie et d’Asie centrale vers les marchés occidentaux. Transneft est également partie prenante du projet Bourgas – Alexandroupolis cité précédemment.


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