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| Les affairistes, nouvelle classe dominante dans les périphéries (4/5). |
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Par Samir Amin, économiste et président du World Forum for Alternatives. Les différentes classes sociales s'organisent aussi par rapport à leur environnement. Le capitalisme entraine des bouleversements, notamment aux périphéries des oligopoles, où les hommes de pouvoir ont pris le dessus.
Le contraste entre centres et périphéries n'est pas nouveau ; il a accompagné l'expansion capitaliste mondialisée dès ses origines, il y a cinq siècles. De ce fait, les classes dirigeantes locales des pays du capitalisme périphérique - qu'il s'agisse de pays indépendants ou même de colonies - ont toujours été des classes dirigeantes subalternisées mais néanmoins alliées par les bénéfices qu'elles tiraient de leur insertion dans le capitalisme mondialisé.
La diversité de ces classes, en grande partie issues de celles qui dominaient leurs sociétés avant leur soumission au capitalisme/impérialisme, est considérable. Leurs transformations du fait de cette intégration/soumission n'en sont pas moins considérables : anciens maîtres politiques devenus grands propriétaires fonciers, anciennes aristocraties d'État modernisées etc. La reconquête de l'indépendance a souvent entraîné la substitution à ces classes subordonnées anciennes (collaboratrices) de nouvelles classes dirigeantes – bureaucraties, bourgeoisies d'État – plus légitimes aux yeux de leurs peuples (au départ) du fait de leur association aux mouvements de libération nationale.
Des pouvoirs déracinés Mais ici encore, dans ces périphéries dominées par l'impérialisme ancien (les formes antérieures à 1950) ou par l'impérialisme nouveau (celui de la période de Bandoung jusque vers 1980), les classes dirigeantes locales bénéficiaient d'une stabilité relative visible. Les générations successives d'aristocrates et de nouveaux bourgeois, pendant longtemps, puis la génération nouvelle issue des forces politiques qui ont dirigé les libérations nationales, adhéraient à des systèmes de valeurs, morales et nationales. Les hommes (plus rarement les femmes) qui en étaient les représentants bénéficiaient de légitimité à des degrés divers.
Les bouleversements entraînés par le capitalisme des oligopoles du centre impérialiste collectif nouveau (la triade États-Unis/Europe/Japon) ont véritablement déraciné les pouvoirs de toutes ces anciennes classes dirigeantes des périphéries pour leur substituer ceux d'une nouvelle classe que je qualifierai «d'affairistes». Ce terme est d'ailleurs en circulation spontanée dans beaucoup de pays du Sud.
Réussite, argent et convoitise, mais sans légitimité L'affairiste en question est un «homme d'affaires», pas un entrepreneur créatif. Il tient sa richesse de ses relations avec le pouvoir en place et les maîtres étrangers du système qu'il s'agisse de représentants des États impérialistes (de la CIA en particulier) ou des oligopoles. Il opère comme un intermédiaire, fort bien rémunéré, qui bénéficie d'une véritable rente politique dont il tire l'essentiel de la richesse qu'il accumule. L'affairiste n'adhère plus à un système de valeurs morales et nationales quelconque. A l'image caricature de son alter-ego des centres dominants il ne connaît plus que la «réussite», l'argent, la convoitise qui se profile derrière un prétendu éloge de l'individu. Là encore les comportements maffieux, voire criminels, ne sont jamais éloignés.
Certes des phénomènes de ce genre ne sont pas tout à fait nouveaux. La nature même de la domination impérialiste et de la soumission des classes dirigeantes locales à celle-ci encourageait l'émergence de ce type d'homme de pouvoir. Mais ce qui est certainement nouveau, c'est que le genre en question se retrouve aujourd'hui occuper la presque intégralité de la scène du pouvoir et de la richesse. Ce sont les «amis», les seuls amis de la ploutocratie dominante à l'échelle mondiale. Leur fragilité tient au fait qu'ils ne bénéficient pas d'une légitimité quelconque aux yeux de leurs peuples, ni de celle que conférait la «tradition», ni de celle que donnait la participation à la libération nationale.
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