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| La mémoire musicale des camps. Instructif. |
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Tangos, sonates ou symphonies : Francesco Lotoro, un juif italien, a entrepris de retrouver les musiques écrites dans les camps de concentration, mettant au jour un héritage musical à la richesse jusqu'ici insoupçonnée.
En 1991, Francesco Lotoro rencontre à Prague Eliska, la soeur du compositeur Gideon Klein, emprisonné dans le camp nazi de Terezin, en République Tchèque. Elle lui confie le texte d'une sonate composée par son frère pendant cette période. « Je l'ai corrigé, enregistré puis envoyé à Eliska. Elle était ravie. C'était une oeuvre très difficile », se souvient cet élève du célèbre pianiste italien Aldo Ciccolini.
A Terezin, les musiciens avaient droit à une demi-heure de piano par jour, ce qui expliquerait la technicité de certaines pièces. « Le musicien composait dans sa tête et les limites physiques de l'instrument n'existaient plus », estime Francesco Lotoro, 44 ans. Rapidement, il commence à rassembler des oeuvres écrites dans les camps de concentration. A ce jour, il a retrouvé 4000 morceaux, guidé par un seul critère : une création située entre mars 1933, date de l'ouverture du camp de Dachau, et 1945, fin de la Seconde Guerre mondiale. « Permettre aux musiciens de continuer à travailler était aussi un moyen de les contrôler. A Auschwitz par exemple, il y avait sept orchestres. »
Des milliers de documents sont aujourd'hui archivés, comme cette oeuvre en cinq actes du Tchèque Rudolf Karel, un élève de Dvorak, écrite sur du papier hygiénique, ou ces paroles d'une ritournelle de Gideon Klein : « Quand nous serons libres, nous irons en Afrique. »
« Je respecte toutes les musiques. Écrites dans les camps, elles n'étaient pas forcément tristes. Elles parlaient de la foi, la famille, la patrie », relève le musicien. C'est en solitaire et pratiquement sans aide financière qu'il accomplit ce qu'il considère comme « une mission », qu'il espère terminer en 2012.
Sous contrat avec les éditions Musikstrasse, il a ainsi entrepris l'enregistrement d'une Encyclopédie discographique de la littérature musicale concentrationnaire en 32 disques. Six sont déjà commercialisés. « Tout doit être enregistré et vite. Plus de 60 ans ont passé et des musiques sont définitivement perdues », conclut le pianiste.
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