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| La SG, c'est les tours jumelles! Et Kerviel, c'est Ben Laden! |
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Planquez votre épargne, le « trader fou » est là ! Depuis maintenant quatre jours, quiconque aura pris le soin d'allumer n'importe quelle radio ou de feuilleter le premier journal ne pourra croire autre chose : Jérôme Kerviel a vaporisé 5 milliards d'euros sans le concours d'aucun tiers et sans en tirer d'autre bénéfice que d'apparaître en une de toute la presse.
Malgré les doutes qui subsistent sur la mécanique qui a mené à cet effondrement, la mode est à l'affirmation presque péremptoire : « ce trader est à l'origine de la plus grande fraude bancaire de tous les temps », lit-on dans Le Figaro du 28 janvier, en regard d'un triptyque de photos de Daniel Bouton s'effondrant sous le coup. À la radio, on plonge dans le pathos le plus édifiant : c'est vers sa mère, patronne d'un salon de coiffure dans le Finistère, que se tendent les micros, notamment celui d'Europe 1 qui en fait la star de son journal de 8 heures. Salon de coiffure que va même visiter le reporter du Monde en charge de la « Page trois » du quotidien daté du 29 janvier. Tandis que Le Parisien de dimanche envoyait une journaliste interroger … sa tante. On attend le beau-frère du cousin.
« Mais qu'a-t-il donc fait pour en arriver là ? », s'interrogent toutes les rédactions. Rien n'accroche, un cursus trop lisse, un jeune homme tranquille. Le coupable ne fuit même pas la justice ! Ce bouc émissaire est si peu machiavélique qu'il en devient gênant pour expliquer le fait divers. À part un salaire un peu faible pour sa branche, rien ne pourrait expliquer cette initiative… Dont il n'a pas tiré profit ! Faute de mobile, les journaux ont cependant trouvé l'explication : il connaissait bien les systèmes de contrôle qu'il a pu contourner. Et tous les médias de se saisir du sophisme: puisqu'il pouvait le faire, il l'a fait !
Digne d'un épisode de 24 heures chrono Dans un morceau de bravoure, Libération reprend lundi 28 janvier les étapes de la fraude : Kerviel « aurait conservé ses codes informatiques » du temps où il travaillait au service du contrôle des opérations pour créer « de fausses contreparties » dans le système en se connectant « en tant que membre » du service de contrôle. L'explication est en fait tirée d'un document transmis à toutes les rédactions par la Société générale (disponible ci-dessous) qui rentre plus avant dans le processus.
Elle explique qu'une fois la première entourloupe passée, Jérôme Kerviel devait encore, pour se couvrir, utiliser les codes de certains collègues pour annuler certaines opérations, falsifier les justificatifs des opérations fictives tout en s'assurant que les ordres qu'il venait de passer portaient sur des titres assez différents pour que la fraude ne soit pas découverte. Or, selon les mêmes explications, les opérations portaient sur des petites quantités et sur des bénéfices (ou, le cas échéant, des pertes) marginaux. Tout expert que fut Jérôme, il est un peu difficile d'imaginer qu'une telle succession d'étapes complexes ait pu être menée de front par un seul homme, des semaines durant, avec un volant culminant à 50 milliards d'euros !
La version Bouton, ou la théorie de l'incendie volontaire Quoique jugée peu vraisemblable dans les milieux financiers, la thèse de l'acte isolé est cependant privilégiée. Le Monde consacre même un petit encart à la recherche d'un autre cliché représentant le visage du « trader fou » que le photomaton terne placardé à satiété, seul image disponible – et peu avantageuse pour l'impétrant - sur la planète médiatique. Et personne ne s'interroge sur ceux (car ils sont sans doute plus d'un) qui ont laissé à un simple courtier la possibilité de disposer de telles sommes pour ses opérations.
C'est un peu comme si la parole de Daniel Bouton avait été érigée en vérité générale. Interrogé dans Le Figaro, il balaye comme inconcevable l'idée que Kerviel soit un bouc émissaire visant à cacher d'autres pertes : « nous aurions transféré dans un trou nouveau des pertes provenant d'un autre trou ? Cela ne tient pas debout », assure-t-il. Pour le pdg spolié, l'affaire s'apparente « à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d'un groupe industriel. » Voilà qui est bel et bon, mais la « grosse usine » était-elle aux normes en matière d'incendie ?
Une question que personne ne s'est posée : pourquoi l'action de la Société générale chute depuis près de huit mois ? Certes, le titre de la banque a pris un coup, suite aux révélations de ces derniers jours. Mais ce n'est qu'un croc-en-jambe de plus dans la lente dégringolade qu'a entamé cette action depuis les flamboyantes hauteurs du printemps dernier, où elle tutoyait les 165 €, pour la ramener sous les 100 € en fin d'année 2007, jusqu'au taux actuel de 75 €. À ceux qui argueraient que la crise des subprimes a touché toutes les banques, il est bon de voir que la BNP et le Crédit Agricole, qui ont tout autant accusé le coup, n'ont pas connu la perte de plus de 60% de sa valeur de la « Sogé ». C'est aussi cette piètre performance que les membres du Conseil d'administration ont validé en refusant la démission de Bouton.
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