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Une opinion de Thierry Caille |
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| Réflexions à froid sur le référendum institutionnel en Martinique et Guyanne du 10 janvier 2010. |
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Je suis français, et si j'avais eu, à la fin des grèves de février 2009, les confidences secrètes de mon Président, je vous aurais donné les résultats du référendum. Vous, Vous ne les avez eus qu'au soir du 10 janvier 2010.
Nicolas Sarkozy a « départementalisé », Mayotte, il n'allait pas « autonomiser », la Martinique et la Guyane. Il est logique avec lui-même. Nicolas Sarkozy est un colonialiste farouche, mais, c'est un colonialiste intelligent. Il ne faut pas rêver et avaler ses paroles, ses couleuvres.
Suite aux grèves de février 2009, il a réfléchi et proposé des états généraux de l'outre-mer comme on vous donne une mangue, un fruit à pain. Car le mouvement, parti de Guadeloupe, gagnait aussi la Martinique et probablement gagnerait la Guyane et la Réunion.
Il a donc proposé, un référendum, qui est inscrit dans la constitution française et ses 2 articles, l'un le 73 et l'autre le 74. Il était obligé de respecter la constitution française en tant que Président, pour avoir l'aval du conseil constitutionnel. Seulement il a décidé des résultats du référendum et il voulait, massivement, que ces deux départements, Martinique et Guyane restent départements français par un référendum républicain en disant « ils doivent choisir leur destin eux-mêmes » C'est le principe de tout référendum, consulter les intéressés. Le conseil constitutionnel ne pouvait que donner son accord.
Une parenthèse, 800 conseillers, à l'Élysée, sont dévoués corps et âme à Nicolas Sarkozy. Et certains connaissent parfaitement le peuple martiniquais, ses réactions, sa psychologie, ses divisions incessantes et aussi sa connerie dont la France, pour tout ce que je viens de citer est responsable.
Ce référendum, on ne vous a pas expliqué ses enjeux, pourquoi faire ? Il fallait rester naturel. Beaucoup de martiniquais se sont donnés jusqu'au bout de leur énergie, à vous les expliquer. Mais Nicolas Sarkozy savait que ce serait une cause perdue pour eux, même si leur démonstration révélait les retournements du peuple martiniquais, Confiant ne citait que les opinions antérieures et actuelles, contradictoires, et il ne fut pas le seul. Ce référendum, il aurait fallu le boycotter mais c'était impossible Les leaders politiques éclairés, ont accepté la voie démocratique, constitutionnelle, qui à leurs yeux évitait tout conflit de front avec la France, qui les auraient mis hors-course. Cela aurait été en apparence refuser la main tendue. Donc ils ont fait le gros dos.
Autre point il est démontré en philosophie, dans la dialectique « du maître et de l'esclave »que la position de l'esclave est plus confortable que celle du maître. Or si vous ne voulez pas l'admettre, vous êtes justement des esclaves car comme le rappelle Patrick Chamoiseau « on n'a pas « désesclavagisé » l'esprit des descendants d'esclaves ». Cela touche à l'inconscient. Tout cela est connu de Nicolas Sarkozy.
Abordons la diversité martiniquaise. Les békés ont tout intérêt à rester dans le département. Une autonomie serait pour eux hasardeuse, tant ils ont été choyé par la France. Et ils ne sont pas disposés à laisser leurs terres ni leur profits dans l'économie martiniquaise. Ce sont des hommes après tout qui pensent avant leur appartenance à la Martinique à leurs intérêts personnels. Peut-on le leur reprocher ? Et je mesure mes propos sur les békés.
Passons aux partis politiques. Les partis de la droite classique, quoique martiniquais, ont également choisi leur camp. Leurs intérêts personnels, comme pour les békés passent avant tout. Ils ne se sont pas conduits en martiniquais. Sarkozy le savait çà. Ils n'ont pas fait l'effort de réflexion et d'analyse et sont, de toute façon, capitalistes d'idéologie. Ce qui dépasse leur appartenance à la Martinique. Les partis de gauche classique, à l'exception du PPM, se sont unis, socialistes, autonomistes et indépendantistes, estimant que leur union sacrée, leur donnerait plus de poids et de voix. Eux aussi sont allés, sans savoir qu'ils étaient dupés, au bout de leur énergie.
Reste le PPM de Césaire qui possédait une forte assise électorale. Il fallait ruser pour Sarkozy et Césaire n'était plus là. Sarkozy a attaqué la tête, Serge Letchimy. Tractations secrètes. Mais Sarkozy a dû viser très haut, proposant à Letchimy, probablement un poste de ministre, promesse qu'il ne tiendra jamais. Letchimy a cru rêver et il n'est lui aussi qu'un homme. Il a œuvré à convaincre les cadres du PPM, lui Letchimy, oublieux de Césaire qui lui a remis le parti. Il a convaincu les cadres adroitement et il y a une discipline de parti. Les cadres se sont chargés de convaincre les militants et aussi les électeurs. Peut-on en vouloir au PPM et peut-on en vouloir à Letchimy ? Le PPM et Letchimy ont donc viré de bord. Tous ont oublié Césaire jusqu'au dernier des militants, jusqu'au dernier des électeurs.
Enfin les martiniquais que l'on dit un peuple de cons. Il l'est sans doute mais il a des excuses, descendants d'esclaves non « désesclavagisés »,de colonisés, « non décolonisés » départementalisés, ce qui a entraîné réellement une nette amélioration de leur mode d'existence. Sarkozy a fait naître des peurs, l'aventure incertaine, la perte des privilèges acquis. Peut-on le leur reprocher ? Et ce sont des hommes eux aussi.
Tout cela aboutit, le grand œuvre de Nicolas Sarkozy, à une victoire du non totalement prévisible, donc massive, autour de 80 %. Ce qui était prévu depuis longtemps par Nicolas Sarkozy, le plus grand et le plus brillant colonialiste que nous ayons eu en France depuis longtemps, en tout cas le plus malin.
Vous n'êtes pas des cons martiniquais. Le PPM n'a pas trahi. Car tous vous êtes des hommes et tout homme est manipulable, quelle que soit sa position idéologique, politique ou autre. Il n'est resté, au bout du compte, que 20 % de fous furieux qui ont voté pour le oui. Des irréductibles, aveuglés par leur désir d'autonomie puis d'indépendance et leur haine « anti-française », légitime.
Je suis profondément convaincu que le score massif du « non » est l'œuvre de Nicolas Sarkozy, qui a agi avec ses conseillers mais certainement seul au départ, selon sa volonté et avec son intelligence, pour servir sa nature ou ses objectifs colonialistes.
Il est le plus doué des colonialistes de la Vème République française, et ce sans le moindre scrupule, sans états d'âme.
Alors que faire ? Déjà cesser les invectives, les rancœurs qui vont naître ENTRE vous de ces invectives, les attaques de tout côté. Cessez ce vous traiter de cons, de traîtres, ENTRE vous. Finissez en avec ces déchirures, qui font le jeu de Nicolas Sarkozy. « Diviser pour mieux coloniser » Reconnaissez que tout, depuis février 2009, est l'habileté de cet homme qui tient sa victoire et pour longtemps. Ce référendum est totalement bidon et concours en plus à vous diviser d'avantage, double victoire pour Nicolas Sarkozy.
Tirez un trait sur cette affaire tout en songeant que bientôt viennent les élections régionales. Comme je ne suis pas sûr que le PPM en tout cas Serge Letchimy lira ce texte, faites en sorte que le plus intègre d'entre vous reste Président du Conseil Régional. Mais si vous avez les possibilités de diffuser ce texte, au plus grand nombre ou ne serait-ce qu'à Serge Letchimy et à Alfred Marie-Jeanne, cela sera déjà un grand pas.
Gardez espoir surtout. La Martinique que vous aimez, sera un jour VOTRE Martinique, une Martinique unie, sans haine entre vous, sans haine du tout.
Notes :
Note 1 :Aimé Césaire n'était pas dupe en 2005 à 92 ans
Nicolas Sarkozy n’est pas sans ignorer ce qu’Aimé Césaire pensait de son abjecte personne. C’était en décembre 2005. Aimé Césaire, député et maire honoraire de Fort-de-France, annonçait via un communiqué qu’il ne souhaitait pas recevoir Nicolas Sarkozy à l’occasion de la visite que le ministre de l’intérieur et président de l’UMP devait effectuer les jeudi 8 et vendredi 9 décembre, dans les Antilles. Il expliquait cette décision par la pudique invocation de « raisons personnelles », précisant néanmoins : « Parce que, auteur du discours sur le colonialisme, je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu. Et ne saurais paraître me rallier à l’esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005 » sur la reconnaissance dans les programmes scolaires du « rôle positif de la présence française en outre-mer ». M. Césaire dénonçait ensuite un « piège dans lequel [il] ne tomber[a] pas ». Sans commentaire, Césaire est mort.
Note 2 : Le machiavélique Nicolas Sarkozy
Mais Nicolas Sarkozy n’a pas plus de respect pour les morts qu’il n’en a pour les vivants. Faisant fi des convictions profondes du chantre de la négritude, il a osé se rendre aux obsèques du « prototype de la dignité humaine », selon le mot d’André Breton.
Sans commentaire, Césaire est mort.
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